Dans la postface à la traduction française (1985), Howard Becker faisait remarquer que les idées que le livre, paru initialement en 1963, avait contribué à diffuser étaient devenues « des sortes de lieux communs » (238). Il soutenait qu’un des points forts de la « théorie interactionniste de la déviance » exposée dans le livre avait été de dépasser la notion de déviance au sens étroit du terme (c’est-à-dire limitée à la criminalité et à la délinquance) pour étudier sous ce nom « toutes les situations au cours desquelles certaines personnes définissent ce que d’autre font comme “mal, “immoral” ou — ce qui fut un progrès essentiel — comme le signe d’une maladie » (239). Plutôt que d’analyser la déviance en termes de maladie mentale, ce fut au contraire la maladie mentale elle-même qui fut analysée en termes de déviance : « L’étude de la maladie mentale fut conçue comme l’étude des situation au cours desquelles des personnes se plaignent que d’autres “n’agissent pas comme il faut”, plutôt que l’étude de la manière dont des personnes “perdent la tête”. Ainsi redéfinie, elle devint une branche de l’étude de la déviance plutôt que de la psychologie sociale ou de la psychiatrie » (239).
C’est précisément cette extension du concept de déviance ainsi que le lien entre déviance et maladie mentale qui me paraissent, près de cinquante ans après, devoir être discutés. Pour cela (après avoir précisé que cette discussion, dans un billet de blog, ne pourra que survoler le sujet et sans exclure la possibilité que tout cela a peut-être déjà été discuté ailleurs et que, du coup, j’enfonce des portes ouvertes), je suivrai grosso modo l’ordre des chapitres du livre. Continue reading
Le 25 décembre 1991, Mikhaïl Gorbatchev démissionnait de son poste de président de l’URSS


