Trois ou quatre réflexions à partir de Max Weber (1)

Relire Weber sinon dans son intégralité (il faudrait pour cela être capable de lire aisément l’allemand, seule langue à ma connaissance dans laquelle il existe un projet d’édition complète), du moins dans ce qui est disponible en traduction française ou anglaise (c’est déjà assez volumineux), conduit à s’interroger entre autres sur le décalage entre le projet sociologique tel que Weber le concevait et ce qu’est devenue la sociologie aujourd’hui. Une réflexion un tant soit peu aboutie sur ce décalage demanderait un travail considérable, qui n’entre pas dans mes priorités de recherche, qui dépasserait mes capacités de toute façon (ne serait ce qu’en raison de mes notions d’allemand très limitées) et dont l’exposé excéderait de très loin les dimensions d’un billet de blog. Il n’est pas interdit, ceci dit, de soulever quelques questions, au fil de la lecture. Continuer la lecture

Publié dans Sociologie | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Trois ou quatre réflexions à partir de Max Weber (1)

Glottophobie ?

Voici donc que la langue française s’est enrichie – depuis quelques années déjà – d’un néologisme supplémentaire, la glottophobie.

Ce ne serait pas un problème si la tendance à privilégier la dénonciation et l’indignation face à la énième discrimination débusquée ne se faisait pas au final au détriment du questionnement scientifique, qui devrait privilégier l’explication et la recherche des causes.

Car dans l’état actuel des choses, il est bien plus rentable d’inventer ainsi de nouvelles « phobies », de les dénoncer et de proposer des moyens de les combattre – pas de « phobie » sans loi ou proposition de loi censée l’interdire – que de construire par exemple, méthodiquement et laborieusement, une théorie de la syntaxe à partir de la clinique aphasique, une théorie de la langue à partir de la clinique des psychoses (la mieux à même d’aider à mettre à jour les processus qui rendent compte de l’altérité et de la convergence dans le domaine linguistique, comme dans celui de la technique ou des normes morales) ou une théorie du discours à partir de la clinique des névroses (dont les trop fameuses « phobies » qui trouvent là et là seulement leur registre d’explication).

PS. L’une de mes grands-mères avait connu l’époque où l’on risquait de se voir infliger le « symbole  » quand on était pris à parler breton à l’école. Il s’agissait d’une discrimination linguistique tout ce qu’il y a de plus délibéré : l’enseignement public comme privé se donnait pour tâche de franciser coûte que coûte, en décourageant l’usage de la langue bretonne. Il n’empêche que la dénonciation et l’indignation, tout comme le fait de parler désormais de « glottophobie » à propos de ce dont cette aïeule a été victime comme bien d’autres, ne me font pas avancer d’un iota, contrairement à la déconstruction clinique susmentionnée, dans l’analyse scientifique de « ce que parler veut dire ».

Publié dans Linguistique, Opinion, Sciences humaines, Sociologie | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Glottophobie ?

« Dans la tête de V. Poutine », quelques notes de lecture

Quelques notes de lecture du livre de Michel Eltchaninoff, Dans la tête de Vladimir Poutine (Actes Sud, 2015). Des notes un peu tardives (le livre a quatre ans) mais la question est toujours actuelle.

Le titre d’abord est curieux. Prétendre se rendre « dans la tête de quelqu’un ». Un titre plus adéquat au contenu du livre aurait sans doute été « les sources philosophiques du poutinisme » ou « le socle idéologique de Poutine » (deux expressions que l’auteur emploie, respectivement p. 133 et p. 160). Vu ainsi, comme un essai sur ces sources philosophiques, le livre est utile et documenté, mais il ne doit pas faire oublier que si Poutine dispose d’un socle idéologique, il n’est ni un roi philosophe (comme voulait l’être Frédéric II de Prusse) ni un dirigeant au socle idéologique aussi arrêté que Lénine, Trotski ou Staline, fondateurs de l’État soviétique.

Je ne vais pas commenter tous les chapitres. Je me contenterai dans ce billet de souligner deux points qui m’ont paru plus discutables que d’autres, quitte à reprendre tout cela plus tard de manière plus approfondie.

Le premier point concerne le libéralisme de Poutine. Eltchaninoff rappelle que Poutine n’a jamais vraiment cru au communisme. En tant qu’agent du KGB, il sait dès le milieu ou la fin des années 1980 que le système soviétique se dirige vers la faillite (p. 17). Il en ressort, ajoute l’auteur, que Poutine « s’affirme donc toujours plutôt libéral sur le plan économique » (p. 17). Le chapitre 2 examine plus attentivement cette thèse d’un Poutine libéral. Elle peut s’appuyer, dit l’auteur, sur plusieurs arguments. Continuer la lecture

Publié dans Histoire, Russie | Marqué avec , , , , | Commentaires fermés sur « Dans la tête de V. Poutine », quelques notes de lecture

pandoc: Error running filter pandoc-citeproc

I was trying to convert a paper with a bibliography from .tex to .odt (see here) using the following command:

pandoc --filter pandoc-citeproc -csl=harvard-kings-college-london.csl --bibliography="/path/toward/my/database/bib/my_bibliography.bib" --biblatex --latex-engine=xelatex article.tex -o article.odt

when pandoc sent me the following error message:

pandoc-citeproc: "stdin" (line 1602, column 2):
unexpected "B"
expecting "c", "C", "p", "P", "s" or "S"
CallStack (from HasCallStack):
error, called at src/Text/CSL/Input/Bibtex.hs:111:32 in pandoc-citeproc-0.10.2.2-3RrXjh6aiqI9DyqmDuv1Xw:Text.CSL.Input.Bibtex
pandoc: Error running filter pandoc-citeproc
Filter returned error status 1

The conversion was done, but without the bibliographic references.

A diagnosis for this type of problem found here (I don’t know what this site exactly is, but it put me on the right track) allowed me to identify the problem and fix it.

Line 1602 in the pandoc error message referred to the BibLaTeX database my_bibliography.bib. The entry that started on line 1602 of this file looked like this:

@Book{auteur17:_titre_livre,
author = {Nom, Prénom},
title = {Le titre du livre},
year = 2017,
publisher = {Le nom de l'éditeur},
location = {Ville d'Édition},^S
pagetotal = 160}

The ^S (which looks like a control character) at the end of the location line had nothing to do there. Its suppression put things back in order.

Publié dans Informatique, logiciels libres | Marqué avec , | Commentaires fermés sur pandoc: Error running filter pandoc-citeproc

Hypothèses

Où je me dis qu’il faudrait que je reprenne les hypothèses que j’avais laissées à l’état embryonnaire il y a un peu plus de 10 ans sur les «passages à la limite» possible des utopies (et dystopies) écologistes.

Mais il faudrait ajouter les hypothétiques asomasies, dont le syndrome d’Asperger (SA), qui n’est pas sans effets dans la version de l’écologie que donne Greta Thunberg. Cf. le portrait type d’un SA (Beaud et de Guibert, 2011) :

l’enfant commence à parler à un âge habituel voire précoce et possède des capacités cognitives normales voire supérieures. Le caractère incontournable du syndrome apparaît surtout à l’entrée à l’école, vis-à-vis des pairs et des contraintes pédagogiques. Les interactions sociales, les amitiés, sont atypiques, même si elles sont recherchées. Le regard, les gestes, les mimiques, les postures sont inhabituels, limités ou maladroits. Les aspects formels du langage (phonologie, lexique, grammaire) sont préservés tandis que ses aspects sociaux ou pragmatiques (comme la capacité à prendre en compte autrui et faire des concessions mutuelles dans un dialogue) sont altérés. Des intérêts spécialisés, envahissants et inusuels sont courants (des dinosaures aux horaires d’autobus). L’enfant plus âgé collectionne, de façon encyclopédique, des informations abondantes sur un thème. Il donne souvent l’impression d’être « un petit professeur » qui monologue longuement sur son thème de prédilection ; les propos sont précis, détaillés, mais non adaptés à la construction d’une relation sociale ; l’enfant emploie un vocabulaire avancé pour son âge, formel ou sophistiqué. Le style général est qualifié de pédant. La prosodie est inusuelle (c’est-à-dire, monotone ou avec une hauteur de voix atypique), non dans sa fonction grammaticale, mais dans sa fonction relationnelle (comme attirer l’attention de l’interlocuteur sur une information nouvelle par exemple) et affective (indiquer les sentiments du locuteur). On note enfin une difficulté à interpréter le langage non littéral.

Elle-même n’y est pour rien bien sûr. Il ne s’agit aucunement de l’accabler. En revanche, on pourrait attendre des commentateurs un minimum de discernement. Une approche autiste de la question climatique n’est peut-être pas la meilleure conseillère, pas plus que ne le serait une approche névrotique, perverse ou psychotique. On me répondra que ce n’est pas cela qui compte, mais l’urgence climatique et que dans ce contexte tous les activismes sont bons à prendre. On me renverra peut-être même à la fameuse sentence confucéenne : Quand le sage montre la lune, l’idiot, lui, regarde le doigt. Sans doute, mais encore faut-il que le sage soit sage. Or les troubles de la personne comme de la norme ne sont probablement pas les meilleures voies d’accès à la sagesse. De ce point de vue, l’apport de l’anthropologie clinique qui conduit à s’intéresser à ce qui donne forme au discours n’est pas du tout inutile. L’historien Jean Delumeau avant moi l’avait bien compris quand il s’intéressait dans La peur en Occident. XIVe-XVIIIe siècles (1978) puis Le Péché et la Peur, la culpabilisation en Occident, XIIIe-XVIIIe siècles (1983), en s’appuyant sur les travaux d’Antoine Vergote, lui-même proche de Jacques Schotte et d’Alphonse de Waelhens, au rôle des névroses dans la surculpabilisation que l’on trouvait au cœur de la «pastorale de la peur». À l’époque étudiée par Delumeau, caractérisée par l’omniprésence des Églises, catholique aussi bien que protestantes, les névroses et autres troubles avaient tendance à prendre un contenu religieux (chrétien en l’occurrence, dans une Europe chrétienne). Compte tenu du déclin du christianisme, c’est de moins en moins le cas aujourd’hui (du moins en Europe). On les voit en revanche prendre un contenu sanitaire, hygiénique et désormais écologiste. Cela ne veut pas dire du tout, bien sûr, que la religion ou l’écologisme sont nécessairement morbides. Mais si l’on veut éviter les excès possibles d’une nouvelle «pastorale de la peur», il ne sera sans doute pas inutile de repérer aussi, quand ils sont présents, ces aspects morbides.

Publié dans Axiologie, Sociologie | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Hypothèses