Z comme... Zorglub

Zuckerberg a été reçu hier à l'Élysée comme un chef d'État, ce qu'il est en un sens, à la tête de ce qui voudrait presque se faire passer pour un service public, un État de plus de 2 milliards de captifs volontaires, qui ne peuvent plus se passer d'un « réseau » pourtant parfaitement dispensable.

Je n'ai pas changé d'avis sur ces sujets depuis que je découvrais Linux, Stallman, etc. vers 1999-2000 en lisant Di Cosmo et d'autres. Mais le monde a changé, et pas en bien sur ce plan, Microsoft étant devenu les GAFAMT.

Stallman heureusement n'a pas non plus changé.

Mais en dehors du monde Linux et GNU pour les outils, l'un des seuls espaces qui maintient l'esprit collaboratif et libertaire au fond c'est Wikipédia, du libertarien Jimmy Wales !

(A lire également sur ces sujets: lutter contre le réchauffement médiatique et la vidéo qui tue l'espace public.)

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Ajouter une page blanche à un PDF seulement si le nombre de pages est impair

C'est la saison des examens et devoirs divers, dont certains à faire chez soi et à envoyer en version électronique.

Pour les corrections, il est toujours mieux d'imprimer. Mais il peut être long d'imprimer un à un plus d'une centaine de fichiers de 3 ou 4 pages chacun.

La solution est d'enregistrer tous ces fichiers dans un même répertoire et de les fusionner (concaténer) en un seul fichier qui sera imprimé.

Pour cela, sous Linux, il y a pdftk et la commande suivante qui rassemble en un seul tous les fichiers pdf du répertoire dans lequel elle est exécutée.

pdftk *.pdf cat output tout_en_un_fichier.pdf

Oui, mais si les fichiers en question n'ont pas tous un nombre de pages pair, on se retrouve à l'impression avec la page 1 du devoir n+1 au verso de la page 1 ou 3 ou 5 du devoir n. Une fois imprimés, les devoirs ne sont plus individualisés, sauf bien sûr à imprimer seulement au recto des feuilles, mais ce serait un gros gaspillage de papier. Continuer la lecture

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Reconstruire Notre-Dame: donner ou pas ?

L'émotion aidant j'étais prêt aussi à donner pour Notre-Dame mais quand j'entends «plus belle qu'avant», «enjeux de notre époque» : méfiance. L'époque s'y connaît en escroqueries artistiques, bien incapables de traverser les siècles, mais avec des tonnes de baratin. Je ne vais pas jusqu'à croire qu'ils seront capables de surmonter Notre-Dame d'une baudruche1, mais ce qui est certain c'est que les cathédrales gothiques n'étaient pas construites dans l'esprit d'aujourd'hui. Il y avait certes des points communs. Elles coûtaient déjà un «pognon de dingue» et témoignent de ce point de vue de l'essor économique et urbain des XIIe et XIIIe siècles. Elles témoignent aussi d'une lutte de prestige entre les villes et les évêchés, d'où la course aux records de hauteur, que l'on trouve aujourd'hui avec les gratte-ciels (cf. la tour Gazprom de Saint-Pétersbourg, désormais la plus haute d'Europe). Mais elles n'en étaient pas moins des œuvres de foi, inséparables de la spiritualité, d'où, comme le rappelait Jacques Le Goff, l'importance de la lumière («Dieu est lumière») et la consécration à Notre-Dame avec le développement médiéval du culte marial. Sociologiquement, l'art y était celui des artisans regroupés en communautés de métier, que perpétuent aujourd'hui les compagnons du devoir. Pas celui de l'ego de «plasticiens» ou de starchitectes. On n'avait pas encore inventé l'art pour l'art, encore moins l'art comme spirale de transgression au service de la table rase, qui, selon Sloterdijk, remonte à Hugo Ball et à Dada. D'ailleurs, l'avenir comprendra peut-être au sujet de notre époque qu'un multicoque de classe Ultime ou un avion Airbus ou Rafale sont bien plus artistiques (dans tous les sens du mot) que telle baudruche de la FIAC.

Donc acte. Notre-Dame - et c'est très bien - ne manquera pas de donateurs. Parmi les grandes fortunes, les Brétilliens ont été les premiers à donner l'exemple et il faut s'en réjouir (clic). On attend les Finistériens (clac). Mais il y a tout un patrimoine religieux et civil rien qu'ici en Bretagne (et ailleurs) dont les conservateurs manquent d'argent. On peut aussi donner au Conservatoire du littoral ou à Bretagne Vivante pour préserver des espaces et des espèces qui ne se refont pas en verre ou en plastique. Des arbres, gwez, pas des «Tree» !

PS. Pour une réflexion sociologique sur le patrimoine, voir le dernier numéro de la revue Tétralogiques, mis en ligne début avril.

  1. Ils pourraient bien cependant en faire une attraction dans le style EuropaCity, énième avatar du palais de cristal dont parlait Dostoïevski (Journal d'un écrivain, juillet-août 1876, chap. IV, IV.). []
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Structures sociales et fondements biologiques : de la primatologie à l'anthropologie clinique

La parution et ma lecture à l'automne 2017 du livre à mon avis très important de Bernard Chapais, Aux origines de la société humaine. Parenté et évolution (aux éditions du Seuil), m'a donné l'idée d'une sorte de compte-rendu problématisé. J'y parle aussi du célèbre article de Bruno Latour de 1994 sur l'«interobjectivité» publié dans la revue Sociologie du travail, inspiré en partie par la lecture que faisait alors Latour des travaux de Shirley Strum sur les babouins (par exemple, en français, Voyage chez les babouins, Seuil, 1995), ainsi que des hypothèses de l'anthropologie clinique sur les troubles neurologiques de la personne. Mon texte est désormais disponible sur HAL. En voici le résumé :

Dès 1994, Bruno Latour observait l’existence d’un fond commun à la sociabilité humaine et à la sociabilité des autres primates, tout en soulignant la spécificité de la structure sociale humaine. De façon bien plus aboutie, le primatologue Bernard Chapais montre qu’il existe une structure sociale spécifiquement humaine, dont les origines phylogénétiques peuvent être reconstituées grâce à l’étude des primates. Sans la biologie, il n’est pas possible selon lui de remplir de façon satisfaisante le programme que définissait Lévi-Strauss pour l’anthropologie : mettre à jour les « lois universelles en quoi consiste l’activité inconsciente de l’esprit ». Notre texte entend montrer que la fidélité à ce programme ne passe pas seulement par la primatologie, mais aussi par une anthropologie clinique qui, pour définir précisément ce qui fonde l’existence d’une structure sociale humaine, faite de différenciation et de segmentation, tire partie des dissociations identifiées par la neuropsychologie.

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Quelques notes rapides autour de Stalker (1)

Avec l'omniprésence de l'eau, filmée sous toutes ses formes, avec ses acteurs aux regards frénétiques, avec une musique électronique spécialement écrite en 2010 par Franz Reisecker, Selon la loi (По закону) de Lev Koulechov (1926) est, de mon point de vue, l'un des films les plus fascinants que l'on puisse voir. Contrairement à d'autres films soviétiques des années 1920 qui étaient des œuvres de propagande et qui sont donc très datés, celui-ci a quelque chose d'intemporel. Vladimir Fogel, que l'on voit dans de nombreux autres films de cette époque, y tient un de ses meilleurs rôles.

Bien que l'histoire, une adaptation d'une nouvelle de Jack London, The Unexpected, et les réalisateurs soient très différents, on pense tout le temps à Stalker : l'omniprésence de l'eau, toujours. Mais cette histoire qui se passe dans une cabane au milieu de l'eau, menacée d'engloutissement, fait aussi penser à deux films plus récents: La Terre Éphémère (2014) de George Ovashvili et Les Rivières profondes (Глубокие реки, 2018) de Vladimir Bitokov (un élève d'Alexandre Sokourov).

Il y aurait toute une analyse à faire - elle a déjà été partiellement faite - de la place de la nature et des éléments dans les films russes ou d'ex-pays de l'URSS depuis le cinéma muet des années 1920 jusqu'à aujourd'hui. Il me semble qu'il y a là une tradition et une attention tout à fait différentes de celles que l'on trouve dans d'autres traditions cinématographiques.

Et puisque ce billet tourne autour de Stalker, on peut noter la référence au film de Tarkovski à la fin du quatrième épisode (saison 1) de la web-série Ce qui n'existe pas, qui a été diffusée en 2016 sur les télévisions locales TVR et Tébéo et que l'on peut retrouver sur YouTube :

12 ... вот, произошло великое землетрясение, и солнце стало мрачно как власяница, и луна сделалась как кровь.

13 И звезды небесные пали на землю, как смоковница, потрясаемая сильным ветром, роняет незрелые смоквы свои.

14 И небо скрылось, свившись как свиток; и всякая гора и остров двинулись с мест своих.

15 И цари земные, и вельможи, и богатые, и тысяченачальники, и сильные, и всякий раб, и всякий свободный скрылись в пещеры и в ущелья гор, 16и говорят горам и камням: падите на нас...

(Apocalypse, 6,12-15)

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