Diên Biên Phù

8 mai 2010

Avec un jour de retard, pour le superbe concerto de l’adieu, écrit spécialement pour le film. En hommage aussi à l’acteur Maxime Leroux, décédé en janvier dernier.

Refroidissement printanier

5 mai 2010

En janvier 1789, le jeune François-René de Chateaubriand participe à Rennes aux états de Bretagne. Il relate les événements dans le premier livre des Mémoires d’Outre-Tombe :

Les états se tinrent dans le couvent des Jacobins, sur la place du Palais. Nous entrâmes, avec les dispositions qu’on vient de voir, dans la salle des séances ; nous n’y fûmes pas plutôt établis, que le peuple nous assiégea. […] Las d’être bloqués dans notre salle, nous prîmes la résolution de saillir dehors, l’épée à la main […]. Le peuple nous reçut avec des hurlements, des jets de pierres, des bourrades de bâtons ferrés et des coups de pistolet. Nous fîmes une trouée dans la masse de ses flots qui se refermaient sur nous. Plusieurs gentilshommes furent blessés, traînés, déchirés, chargés de meurtrissures et de contusions. Parvenus à grande peine à nous dégager, chacun regagna son logis.

Un camarade de collège de Chateaubriand avait été tué avant même ces rencontres, en se rendant à la chambre de la noblesse. L’écrivain interpelle alors son lecteur :

Lecteur, je t’arrête : regarde couler les premières gouttes de sang que la Révolution devait répandre.

J’ai pensé à ce passage en regardant les images de la Grèce aujourd’hui où les émeutes ont fait trois morts. Je n’ai bien sûr aucune idée de la façon dont nous sortirons de la crise. Il semble seulement, si on en croit ces graphiques sur le site de Paul Jorion, que les marchés n’aient guère été convaincus par le dernier plan de sauvetage de la Grèce : après être descendus à 10,279% le 3 mai, les taux d’intérêt à 2 ans sont remontés à 13,817% le 4 mai et à 14,906% le 5 [Ajout du 6/05]. Ceux du Portugal et de l’Espagne suivent le mouvement, bien qu’à des niveaux encore très inférieurs. Et je me souviens par ailleurs que la convocation des états généraux en 1789 fut rendue nécessaire par la banqueroute qui, comme le dit Marc Ferro, se profilait à l’horizon après « un demi-siècle de mauvaise gestion et de dépenses inconsidérées ».

Toponymie funeste

14 avril 2010

C’est dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, qu’eut lieu le massacre que venait commémorer le président polonais. Je ne sais pourquoi, j’ai voulu connaître l’étymologie de ce mot : Katyń (Катынь). La version russe de wikipédia donne trois interprétations possibles. La première renvoie au verbe russe катать, катить (katat’, katit’ : rouler). Lire le reste de cet article »

Walter Lippmann - The Good Society (1937)

4 mars 2010

C’est avec un certain enthousiasme que je lis actuellement le livre de Walter Lippmann, The Good Society, publié en 1937. Une traduction française (La cité libre) en avait été publiée dès 1938 par les éditions de Médicis, mais elle est depuis longtemps introuvable, sauf peut-être chez les bouquinistes. C’est la publication de ce livre qui motiva l’organisation du colloque Lippmann, qui, à la fin du mois d’août 1938, réunit à Paris un petit cercle de penseurs libéraux parmi lesquels, outre Walter Lippmann lui-même, on trouvait Raymond Aron, Friedrich von Hayek, Robert Marjolin, Ludwig von Mises, Michaël Polyani (le frère de Karl Polyani, l’auteur de La grande transformation), Wilhelm Röpke, Jacques Rueff, Alfred Schütz (la liste complète des participants figure dans le livre très documenté que Serge Audier a consacré à ce colloque). Lire le reste de cet article »

La bonne corruption russe et la mauvaise corruption ukrainienne !

22 février 2010

Était-ce un effet du positionnement des invités sur le plateau ? L’émission Ce soir ou jamais consacrée à la Russie le 17 février dernier m’a laissé une drôle d’impression. Face à trois chercheurs universitaires, Arnaud Kalika, Jacques Sapir et Emmanuel Todd, on trouvait un réalisateur de documentaires, Jean-Michel Carré, et deux journalistes, Galia Ackerman et Annie Daubenton. Lire le reste de cet article »

Histoires de France

23 décembre 2009

Je me suis laissé tenté l’autre jour en librairie par deux histoires de France. Celle de Jacques Bainville d’abord, qui date de 1924, rééditée en 2007 par les éditions Tallandier dans la collection Texto. Et puis celle de Marc Ferro, beaucoup plus récente, puisqu’elle est parue en cette année 2009 aux éditions Odile Jacob. Deux époques. Deux auteurs très différents aussi. L’histoire de Marc Ferro est celle d’un universitaire contemporain, co-directeur des Annales, directeur d’études à l’EHESS, dont les premiers travaux portaient sur la révolution russe, l’URSS, l’histoire et le cinéma. Politiquement, Ferro est proche de la gauche (en 2007, il était signataire d’un texte appelant à voter pour Ségolène Royal, « contre une droite d’arrogance » et pour « une gauche d’espérance »). Journaliste et essayiste, Bainville, lui, n’était pas universitaire. Monarchiste, proche de Charles Maurras, ce qui permet de le classer très à droite, il tenait la rubrique de politique étrangère dans le journal de l’Action française, avant d’être élu à l’Académie française dans le fauteuil de Raymond Poincaré (1935).

Tout pouvait donc laisser croire que leurs lectures de notre histoire allaient s’opposer. Et les deux ouvrages sont de fait bien différents. Pourtant, j’ai plutôt été sensible aux convergences. Lire le reste de cet article »

La guerre civile n’a pas eu lieu.

21 août 2009

Il y a dix-huit ans, l’URSS semble au bord de la guerre civile à la suite du putsch réalisé par un Comité d’État pour l’état d’urgence (GuéKaTchéPé). Mais les putschistes, présentés comme les durs du régime, sont bien loin d’avoir la détermination de leurs prédécesseurs bolcheviks. Ils tergiversent, hésitent, tandis que les troupes refusent de leur obéir. A 12h15 le 21 (heure de Moscou), ils tentent de s’enfuir. A 16H15, les troupes déployées dans Moscou regagnent leurs casernes sur ordre du ministère de la Défense. Quelques mois plus tard, Mikhaïl Gorbatchev, qui avait été désigné au poste nouvellement créé de Président de l’URSS en mars 1990, ne présidait plus qu’un État fantoche. L’URSS avait cessé d’exister. Lire le reste de cet article »

Crise, révolution, mutation

8 juillet 2009

Je vide les tiroirs avant les vacances avec un extrait d’une intervention que j’avais faite l’an dernier lors d’un séminaire du LIRL à l’occasion du 40e anniversaire de mai 1968. La première partie donnait quelques repères sur l’historiographie de mai 1968, la seconde, ci-dessous, s’inspirait des définitions proposées par Jean Gagnepain pour distinguer crise, révolution et mutation. Il s’agit de notes de travail, de jalons pour une réflexion inachevée…

Les notions de crise, de révolution, de mutation font partie du vocabulaire courant des sociologues, comme des économistes (crise économique, révolution industrielle, mutation technologique) ou des historiens sans toujours être bien définis. Retour sur ces trois concepts qui n’épuisent sans doute pas le changement historique. Lire le reste de cet article »

8 et 9 mai

9 mai 2009

Un autre hymne européen :

L’Antiquité tardive n’est pas finie…

5 avril 2009

Le concept de déclin en histoire doit beaucoup à l’ouvrage d’Edward Gibbon (1737-1794) : Histoire du déclin et de la chute de l’empire romain d’Occident (1776-1781). Selon les notes de l’éditeur français dans la collection L’école des Lettres, aux éditions du Seuil, Gibbon y pose ce que les Anglais appellent encore le Gibbon’s problem : « comment le passage du paganisme, du monde antique, au christianisme a-t-il pu s’effectuer ; comment la victoire de la religion révélée a-t-elle pu se produire sur l’autel de la chute de Rome ? » .

Cette période de l’histoire est intéressante à plus d’un titre. Lire le reste de cet article »


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