À propos de « L’essence du politique » (2)

26 août 2010

Julien Freund fait bien entendu référence à Max Weber et à sa célèbre définition de l’État moderne comme « groupement de domination de caractère institutionnel qui a cherché (avec succès) à monopoliser, dans les limites d’un territoire, la violence physique légitime comme moyen de domination et qui, dans ce but, a réuni dans les mains des dirigeants les moyens matériels de gestion » (Weber, 1959, p. 108). Il propose de distinguer les concepts de puissance, de force, de violence. Mais le lecteur reste insatisfait. Gagne-t-on, par exemple, à englober comme Freund, dans la définition de la force, les différents effets de sens possibles du mot, y compris donc la « force » d’une démonstration mathématique ?

Il vaut le coup, donc, de revenir sur ces différents concepts, moins pour réfuter l’argumentation de Freund, que pour la préciser. Lire le reste de cet article »

Le crépuscule de la philosophie

12 juin 2010

Ce que j’avais lu dans la presse ne m’avait pas donné envie de lire le livre de Michel Onfray, Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, d’autant plus que je répugne en général à me laisser imposer mes lectures par les médias. Mais il se trouve que le livre figurait en bonne place sur le présentoir des nouvelles acquisitions à la bibliothèque universitaire. Un peu étonné d’ailleurs, j’ai fini par céder à la curiosité, face à un livre qui a suscité quelque brouhaha médiatique ces derniers mois : je l’ai emprunté. Je n’ai pas été déçu : c’est encore pire que je ne le pensais ! Lire le reste de cet article »

Quelques lectures et quelques liens

1 avril 2010

Relu, L’homme sans gravité. Jouir à tout prix, le livre d’entretiens de Charles Melman (avec Jean-Pierre Lebrun). Melman y annonce l’émergence d’un « nouvelle économie psychique » (NEP) dans laquelle le sujet se verrait sommé de se maintenir dans une « course à la jouissance » encouragée par le libéralisme économique. Comment éviter de se noyer dans cette sommation à jouir sans pour autant retomber dans la névrose freudienne ? Telle est la question sur laquelle ouvrent ces entretiens. Lire le reste de cet article »

Obéissance et éthique

22 mars 2010

Je reprends ici sous forme de billet un commentaire posté chez Verel en réponse à un billet portant sur le « Jeu de la mort ».

Je ne regarde quasiment jamais la télé et le battage médiatique qui a précédé la diffusion de cette émission mercredi m’a plutôt conduit à ne pas faire d’exception ce soir-là. Je me suis dit que passer une émission trash sous prétexte de dénoncer les émissions trash était assez hypocrite de la part de France 2 : « On fait aussi de la téléréalité, mais nous c’est pas pareil : c’est pour dénoncer la téléréalité ». Mouais… Enfin bref. Je n’ai pas regardé. Ai-je eu tort en ratant ainsi un formidable moment de sciences humaines ? J’en doute. En tous cas, me voilà dispensé de parler de l’émission elle-même.

Quelques mots par contre de l’expérience de Milgram. Lire le reste de cet article »

Pulsion ou destin des pulsions ?

21 octobre 2009

Le titre de ce billet est évidemment choisi en référence à un célèbre article de Freud datant de 1915 et qui figure dans le recueil Métapsychologie.

Il m’est suggéré par un débat entendu ce jour sur France Culture dans l’émission Du grain à moudre. La question posée était la suivante : la castration chimique est-elle le moyen de lutter contre la récidive ? Les invités étaient Bernard Debré, médecin, député UMP de Paris et membre du Comité Consultatif National d’Ethique, Serge Stoleru, psychiatre, chercheur à l’INSERM et Thierry Lévy, avocat au barreau de Paris. Bernard Debré est par ailleurs auteur d’une proposition de loi sur la castration chimique. Lire le reste de cet article »

De quoi la volonté de puissance est-elle la volonté ? Nietzsche et l’aboulie

10 août 2009

Dans le petit ouvrage qu’il avait consacré à Nietzsche, Gilles Deleuze concluait ainsi l’exposé de la pensée du philosophe de la transmutation des valeurs :

Nous, lecteurs de Nietzsche, devons éviter quatre contresens possibles : 1° sur la volonté de puissance (croire que la volonté de puissance signifie « désir de dominer » ou « vouloir la puissance ») ; 2° sur les forts et les faibles (croire que les plus « puissants », dans un régime social, sont par là même des « forts ») ; 3° sur l’éternel Retour (croire qu’il s’agit d’une vieille idée, empruntée aux Grecs, aux Indous, aux Babyloniens… ; croire qu’il s’agit d’un cycle, ou d’un retour du Même, d’un retour au même) ; 4° sur les œuvres dernières (croire que ces œuvres sont excessives ou déjà disqualifiées par la folie).

Éviter les deux premiers contresens, c’est éviter de tomber dans le piège où sont tombés et continuent de tomber de nombreux lecteurs vulgaires de Nietzsche, Lire le reste de cet article »

Faut-il abandonner son chariot sur un parking (et les brioches au milieu des tubes de dentifrice) ?

20 octobre 2008

Je recopie ici un commentaire que j’ai laissé sur le blog Optimum et auquel je compte donner ici par la suite de plus amples développements.

Peut-on abandonner son chariot sur un parking de supermarché plutôt que de le ranger à l’emplacement prévu ?

Question aussi intéressante qu’apparemment triviale (posée par Optimum) que je me suis souvent posée en faisant les courses. La réponse d’Optimum apporte déjà un éclairage, mais le problème est à mon avis encore plus complexe. La question du coût (temporel ou “énergétique” dans le cas du jeton) intervient assurément (si l’on utilise un nouveau jeton à chaque fois, il faut après s’être garé se déplacer jusqu’à l’accueil, faire éventuellement la queue, puis revenir au parking prendre son chariot : cela représente du temps et de l’effort).
Mais il n’y a pas que le coût. La plupart des sociologues (dont je suis) ajouteraient la notion de contrainte sociale intériorisée, mais cela n’ajoute pas grand chose à l’explication à mon avis (car trop général). Il y a une autre dimension à prendre en compte.
Pour essayer de l’indiquer, je vous propose de quitter le parking pour entrer dans le supermarché. En passant par le rayon viennoiserie, vous êtes attiré par un lot de 10 pains au chocolat que vous mettez dans votre chariot. Lire le reste de cet article »

Nicolas Sarkozy, Henri Guaino, Aristote et madame Lagarde

30 septembre 2008

Après le rejet du plan Paulson par le Congrès américain hier, j’ai pris le temps de lire dans son entier le discours de Toulon du 25 septembre du Président de la République.

Du Guaino, évidemment, travaillé avec une brochettes de têtes pensantes (Minc, Baverez, Fitoussi…). Lire le reste de cet article »

Pour une anthropologie du libéralisme (2)

20 mai 2008

Je ne pensais pas y revenir de sitôt, mais un article publié dans le dernier numéro de la revue Inflexions. Questions de défense m’a fait réagir (numéro dans lequel paraît également une réflexion tirée de l’étude que nous avons réalisée avec Armel Huet en 2003-2004).

L’article qui me fait réagir, à propos duquel il est bien précisé qu’il n’engage ni l’Armée de Terre, ni les opinions des membres du comité de rédaction de la revue, examine les « perspectives d’évolution de l’encadrement juridique des activités militaires privées en France ». Cet article critique la loi du 14 avril 2003 relative à la répression de l’activité de mercenaire, une loi qui, selon les auteurs, aurait fait perdre cinq ans à la France. Lire le reste de cet article »

Pour une anthropologie du libéralisme (1). Boudon avec Michéa ?

30 avril 2008

NB. Ce billet se présente comme le premier d’une série. Mais je ne m’engage pas à écrire la série, du moins sur ce blog. Il s’agit surtout d’une invitation à lire les auteurs cités.

Que peut dire un sociologue sur le libéralisme ? Quelle analyse peut-il en faire ?

Raymond Boudon, qui se présente lui-même comme un sociologue libéral, apporte quelques jalons relativement simples mais fort utiles (voir Renouveler la démocratie. Eloge du sens commun).

Il commence par se démarquer des libéraux intégristes :

On notera incidemment que, contrairement à l’opinion des libéraux intégristes, si le marché a incontestablement toutes sortes d’effets bénéfiques, il peut dégager aussi de remarquables effets pervers qui paraissent de surcroît difficiles à contrecarrer.

Cela lui permet de ranger au rang des libéraux jusqu’aux socio-démocrates allemands ayant rompu avec le marxisme depuis le congrès de Bad Godesberg en 1957 : Lire le reste de cet article »


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