Petit lexique de la doxa

5 juillet 2010

Une conversation téléphonique entendue dans un TGV (je n’entendais bien sûr que l’un des interlocuteurs) m’inspire ce petit lexique de la doxa (contribution à un nouveau dictionnaire des idées reçues).

Politiquement correct : il n’est pas bien de l’être soi-même ; ce sont donc les autres qui le sont ; mais je me dis qu’il va peut-être devenir très politiquement correct de ne pas se vouloir politiquement correct.

Bien-pensance : pour ceux qui ne se veulent pas politiquement corrects, elle est en général la pensée de ceux qui sont politiquement corrects (voir ci-dessus).

Impôts : on en paie trop en France, mais que voulez-vous : « c’est la France » et il est « typique » en France de défendre l’impôt ; on peut donc en déduire qu’il n’est pas « typique », mais au contraire original, innovant et courageux, de s’en plaindre ; en tous cas, ce ne serait pas « politiquement correct ».

Typique Apparemment synonyme de commun, reçu, banal, sans aucune originalité et de surcroît « politiquement correct ». Bien sûr, on peut dénoncer un discours « typique » sans se rendre compte un seul instant que son propre discours, qui ne fait que sasser et ressasser les plaintes et les lieux communs les plus éculés, est lui même « typique ».

Ferdinand de Saussure et la valeur en économie

17 mai 2010

Une petite réflexion à la va-vite : Ferdinand de Saussure définissait la valeur, à un premier niveau de généralité, comme « système d’équivalence entre des choses d’ordre différent » (travail/salaire, signifié/signifiant). Ainsi, la valeur d’une action, comme celle d’un mot, est d’abord définie de façon négative ou relationnelle, par tout ce qui l’entoure (l’action n n’est pas l’action n+1 et dans un capital divisé en 1000 actions, la valeur de chacune est 1/1000e alors que dans le même capital divisé en 10 000 actions, la valeur de chacune est 1/10 000e). Lire le reste de cet article »

Toponymie funeste

14 avril 2010

C’est dans la forêt de Katyń, près de Smolensk, qu’eut lieu le massacre que venait commémorer le président polonais. Je ne sais pourquoi, j’ai voulu connaître l’étymologie de ce mot : Katyń (Катынь). La version russe de wikipédia donne trois interprétations possibles. La première renvoie au verbe russe катать, катить (katat’, katit’ : rouler). Lire le reste de cet article »

Piscis primum a capite fœtet.

12 octobre 2009

L’adage du mois :

Ἰχθὺς ἐκ τῆς κεφαλῆς ὄζειν ἄρχεται, id est Piscis a capite primum incipit putere. Dictum in malos principes, quorum contagione reliquum vulgus inficitur. Apparet ab idiotarum vulgo sumptum.

Plus d’explications ici.

Voir le fac-similé de l’édition de Paolo Manuzio : Adagia Optimorum Utriusque Linguae Scriptorum. - Oberursel, 1603.

Histoire des SHS : Troubetskoï et Lévi-Strauss, critiques de l’évolutionnisme

30 novembre 2008

trubetzkoy2.png Le lecture d’ouvrages russes contemporains sur la sociologie russe peut surprendre : on n’y trouve guère mention de Nikolaï Sergueïevitch Troubetskoï. Son nom est absent de l’index du livre d’Igor Golosenko et Vladimir Kozlovski sur l’histoire de la sociologie russe de la fin du XIXe et du début du XXe siècle (Golosenko et Kozlovskij, 1995). Il est également absent de l’index du gros volume que l’institut de sociologie de l’Académie des sciences a consacré en 1998 à la sociologie en Russie (Jadov, 1998). Seul son père, Sergueï Nikolaïevitch (1862-1905), est mentionné dans ce dernier ouvrage comme l’un des auteurs que les rééditions des années 1990 ont permis de redécouvrir. Plus récemment, une histoire de la sociologie en Russie du moment de sa naissance à la fin du XXe siècle consacre un chapitre entier aux idées sociologiques dans les travaux des théoriciens de l’eurasisme (Kukuškina, 2004). Mais si les idées de Troubetskoï au sujet de la nature eurasiatique de la Russie y sont évidemment présentées, le rôle pionnier de l’auteur dans le développement de la phonologie et du structuralisme n’apparaît pas. Il en va de même sur internet : alors que plusieurs sites russes présentent l’eurasisme et publient certains des articles « eurasiatiques » de Troubetskoï (ainsi le texte Evropa i čelovečestvo, « L’Europe et l’humanité », sur le site evrazia.org), le Troubetskoï phonologue et structuraliste est quasiment absent.

Autrement dit, alors qu’en France et dans les pays occidentaux, Nikolaï Sergueïevitch Troubetskoï est surtout connu comme fondateur de la phonologie et régulièrement mentionné à cet égard, aux côtés de Roman Jakobson, comme l’un des pionniers du structuralisme dans les sciences humaines, c’est le Troubetskoï idéologue de l’eurasisme qui est retenu en Russie, sans que le lien soit fait, le plus souvent, entre les textes « eurasiatiques » et la sociologie. Tout se passe un peu comme s’il y avait deux Troubetskoï, sans grands rapports l’un avec l’autre : le Troubetskoï phonologue et structuraliste, celui du cercle de Prague, et le Troubetskoï théoricien ou idéologue de l’eurasisme.

Les textes « eurasiens » de Troubetskoï n’avaient jamais été traduits en français avant 1996, date à laquelle Patrick Sériot en a publié quelques uns dans le recueil N. S. Troubetskoï. L’Europe et l’humanité (Sériot, 1996). Il n’est donc pas étonnant que les sociologues français – et plus largement occidentaux – ignorent à peu près complètement cet aspect de la pensée du fondateur de la phonologie.

Mais si l’histoire et la chronologie des traductions et publications peuvent ainsi créer un « malentendu », il faut « pouvoir répondre à cette question troublante  : comment Troubetskoï peut-il être à la fois un des pères fondateurs du structuralisme et celui de l’eurasisme ?  » (Sériot, 1996, p. 5).

Il y a peut être un lien entre les deux. En effet, les textes traduits par Sériot montrent que la critique de l’évolutionnisme que menait Troubetskoï en 1920 dans L’Europe et l’humanité anticipait les réflexions de Claude Lévi-Strauss dans la célèbre brochure de 1952, Race et histoire. Lire le reste de cet article »

Russie : anniversaire d’une réforme de l’orthographe et politique linguistique

18 octobre 2008

Il y a eu exactement 90 ans, le 10 octobre 1918, le Commissariat du peuple à l’Éducation (Narkompros) publiait un décret réformant l’orthographe russe ainsi que certaines règles de grammaire. Un article publié sur le site internet de la Fondation «Русский мир» (Russkij Mir = Monde russe) nous retrace les circonstances historiques de cette réforme qui fut à l’époque très contestée — en signalant au passage les controverses actuelles sur la nécessité d’une nouvelle réforme de l’orthographe. Lire le reste de cet article »

En football, le bon grain, c’est l’ivraie

22 juin 2008

Cela n’enlève rien à la parabole rapportée par Matthieu (13, 24-30), mais en football, le bon grain, c’est l’ivraie. Les pelouses des stades sont en effet composées d’un mélange de ray-grass anglais et de pâturin des prés : 80 % du premier et 20 % du second pour deux des stades suisses retenus pour l’Euro 2008, précise le site romand Terre et nature. Lire le reste de cet article »


This work is licensed under a Creative Commons Attribution-NonCommercial-ShareAlike 2.0 France.