À propos de « L’essence du politique » (2)

26 août 2010

Julien Freund fait bien entendu référence à Max Weber et à sa célèbre définition de l’État moderne comme « groupement de domination de caractère institutionnel qui a cherché (avec succès) à monopoliser, dans les limites d’un territoire, la violence physique légitime comme moyen de domination et qui, dans ce but, a réuni dans les mains des dirigeants les moyens matériels de gestion » (Weber, 1959, p. 108). Il propose de distinguer les concepts de puissance, de force, de violence. Mais le lecteur reste insatisfait. Gagne-t-on, par exemple, à englober comme Freund, dans la définition de la force, les différents effets de sens possibles du mot, y compris donc la « force » d’une démonstration mathématique ?

Il vaut le coup, donc, de revenir sur ces différents concepts, moins pour réfuter l’argumentation de Freund, que pour la préciser. Lire le reste de cet article »

La fin du travail (2)

31 mars 2007

Si je parle de fin du travail ici, comme dans le précédent billet, ce n’est pas au sens de J. Rifkin. Il s’agit plutôt de tirer la conséquence du fait que, voulant dire trop, le concept de travail n’a aucune pertinence scientifique. Il désigne une réalité confuse, extrêment hétérogène. Il faut donc l’analyser, sortir de cette confusion pour tenter de repérer des ordres d’intelligibilité homogènes et autonomes. Dans le précédent billet, je me suis appuyé sur la théorie de la médiation pour dissocier trois ordres d’intelligibillité :

  • l’art (ou la tekhné)
  • le métier (la contribution sociale)
  • la peine (et la valeur)

S’il est possible de poser ces trois ordres d’intelligibilité comme à la fois différents et autonomes, c’est parce qu’il correspondent à des troubles de la raison eux-mêmes différents et autonomes (on conviendra d’appeler “raison” ce qui distingue l’homme des autres espèces, mais on verra que l’on ne perd jamais (ou rarement) la raison dans sa globalité ; il existe des troubles de la raison).

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La fin du travail

25 février 2007

Mon précédent billet, comme tout aphorisme, avait un caractère énigmatique. Une explication s’impose (qui complète ce que dit Le Passant dans Travailler, c’est trop dur…).

Tout vient de l’extrême imprécision du mot travail. Comme le disait la philosophe Dominique Méda, le mot travail a tellement de significations en français qu’il ne veut plus rien dire (cf. Dominique Méda et Juliet Schor, Travail (une révolution à venir), Editions Mille et Une Nuits, 1997). Mieux vaut donc s’en débarrasser pour parler d’autre chose, en tentant d’isoler, dans la pluralité de sens de ce mot travail désormais banni, un certain nombre de réalités plus homogènes. Lire le reste de cet article »

Billets techniques - Technical posts

18 janvier 2007

Ce blog parle surtout de sociologie et d’anthropologie. Mais j’ai décidé d’y inclure quelques billets techniques. C’est toujours utile quand on est Linuxien comme moi, de trouver des informations sur la manière de configurer tel ou tel matériel par exemple, pour lequel le fabriquant ne fournit aucun driver pour Linux… Et après tout, la technique, comme élément de la raison, est le propre de l’homme. Elle intéresse forcément l’anthropologue.

This blog is above all about sociology and anthropology. But I have decided to include some more technical posts. It’s always useful for Linux users like me to find information and tips on the web on how to configure for example one or another piece of hardware sold without a driver for Linux… And after all, technology, as a part of reason, is a distinctive feature of man. As such, it’s a matter of interest for anthropologists.

Bonne session de windsurf

3 septembre 2006

Bonne session de windsurf hier et aujourd’hui. Temps gris. Pluie, crachin. Environ 22 noeuds de moyenne mesurés à l’anémomètre samedi (28,6 au maximum). Vent plus faible aujourd’hui (15 à 17 noeuds en moyenne, un peu plus de 23 au maximum) : du coup les kites étaient plus nombreux que les planches.

Et pour une socio-anthropologie du phénomène planche à voile, un article de Philippe Lacombe qui donne quelques bases mais que je trouve très insuffisant : l’absence d’approche ergologique notamment, commune à toute la sociologie du sport, empêche bien évidemment de saisir correctement la technicité des choses. Et comment bien saisir la quête d’un certain plaisir très présente dans ces sports de glisse (surf, funboard, kite-surf, snowboard…) sans une axiologie ? Voilà encore un sujet pour un prochain billet…

Marcel Mauss et les techniques du corps

22 août 2005

Dans le célèbre article sur les techniques du corps, l’argument central de Mauss est toujours le même : les techniques du corps varient dans l’espace comme dans le temps. Elles sont diverses et spécifiques (à telle ou telle société). Elles ont une histoire. Elles s’apprennent soit explicitement, soit par imitation.

Tout cela est indéniable : il existe selon les époques et les sociétés des façons différentes de marcher, d’accoucher, de se reposer, de manger ou de faire l’amour (tous ces exemples - et d’autres encore - sont de Mauss).

Mais en quoi s’agit-il de techniques ? Pour Mauss un acte technique est un acte traditionnel efficace. Et les actes techniques se divisent en techniques à instrument et techniques du corps.

Selon nous, cette définition manque de précision. Si l’on se place comme je le fais dans la perspective de l’anthropologie clinique médiationniste, l’efficacité ne suffit pas à définir la technique. L’usage du bâton par le chimpanzé peut être efficace. Il n’est pas technique. Pour que l’on puisse parler de technique, il faut qu’intervienne une analyse proprement humaine qui transforme la matière en matériaux et la fin en tâches.

Cette analyse est sans doute présente dans la plupart des techniques à instruments évoquées par Mauss (manger avec des couverts, grimper aux arbres avec des crampons et une ceinture, dormir dans un hamac ou la tête sur un oreiller…). Mais on ne la voit pas bien ni dans la marche, ni dans la nage, ni dans les positions sexuelles…

Bien sûr, la marche, la nage ou les positions sexuelles varient socialement et historiquement. Les styles de marche, de nage ou de position sexuelle sont marqués ethniquement. Mais en quoi le corps ou telle partie du corps y est-il analysé comme matériau ? En quoi le mouvement y est-il divisé en tâches, dénotées par des dispositifs particuliers ?

Seule la danse peut-être, parmi les techniques énumérées par Mauss, fait-elle exception. En effet, il semble que l’on puisse trouver dans le rythme des pas l’effet d’une analyse quantitative analogue à celle qui donne le rythme musical (d’ailleurs le rythme d’une danse peut aussi s’écrire avec des notes de différente valeur : ronde, blanche, noire, etc). Quant à l’analyse qualitative, on la trouverait dans les identités de pas : alternance du pied gauche et du pied droit, ampleur verticale et horizontale, caractère glissé, sautillant ou rebondissant, intensité du martellement au sol, etc.

Des pistes à suivre en tous cas…

Ajout du 04 juillet 2009 : réflexion poursuivie dans une prépublication sur halshs


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