À propos de « L’essence du politique » (2)

26 août 2010

Julien Freund fait bien entendu référence à Max Weber et à sa célèbre définition de l’État moderne comme « groupement de domination de caractère institutionnel qui a cherché (avec succès) à monopoliser, dans les limites d’un territoire, la violence physique légitime comme moyen de domination et qui, dans ce but, a réuni dans les mains des dirigeants les moyens matériels de gestion » (Weber, 1959, p. 108). Il propose de distinguer les concepts de puissance, de force, de violence. Mais le lecteur reste insatisfait. Gagne-t-on, par exemple, à englober comme Freund, dans la définition de la force, les différents effets de sens possibles du mot, y compris donc la « force » d’une démonstration mathématique ?

Il vaut le coup, donc, de revenir sur ces différents concepts, moins pour réfuter l’argumentation de Freund, que pour la préciser. Lire le reste de cet article »

A propos de « L’essence du politique »

5 août 2010

Un commentaire du Passant1 sur mon précédent billet m’amène à anticiper sur une série de billets que j’avais (vaguement) prévus à partir d’une lecture de Julien Freund. Jusqu’ici, je connaissais seulement de Freund ses textes d’introduction à la sociologie de Max Weber ou de Georg Simmel. La lecture de cette étrange conversation imaginée entre un certain Pierre Bérard2 et Julien Freund m’a donné envie d’en savoir plus sur la sociologie de Freund lui-même. Lire le reste de cet article »

  1. J’en profite pour signaler son nouveau blog que je découvre du même coup et qui vaut le détour. []
  2. Non, ce n’est pas le patron du refuge bien connu de tous ceux qui ont fait le tour des Aiguilles Rouges et l’ascension du Buet ! []

Je n’accepterai pas, je ne tolérerai pas…

19 juillet 2010

J’ai déjà cité ici, en même temps que les propos de Raymond Aron sur le fait que « personne [en tous cas parmi les sociologues un peu sérieux] n’a jamais nié la lutte des classes », un article à mon sens remarquable (et d’ailleurs remarqué en son temps) de Marcel Gauchet, intitulé « Les mauvaises surprises d’une oubliée : la lutte des classes », paru en 1990 dans le numéro 60 de la revue Le Débat, et repris en 2002 dans le recueil La démocratie contre elle-même. Mais ce n’est pas à ce sujet que j’y reviens aujourd’hui. Lire le reste de cet article »

Petit lexique de la doxa

5 juillet 2010

Une conversation téléphonique entendue dans un TGV (je n’entendais bien sûr que l’un des interlocuteurs) m’inspire ce petit lexique de la doxa (contribution à un nouveau dictionnaire des idées reçues).

Politiquement correct : il n’est pas bien de l’être soi-même ; ce sont donc les autres qui le sont ; mais je me dis qu’il va peut-être devenir très politiquement correct de ne pas se vouloir politiquement correct.

Bien-pensance : pour ceux qui ne se veulent pas politiquement corrects, elle est en général la pensée de ceux qui sont politiquement corrects (voir ci-dessus).

Impôts : on en paie trop en France, mais que voulez-vous : « c’est la France » et il est « typique » en France de défendre l’impôt ; on peut donc en déduire qu’il n’est pas « typique », mais au contraire original, innovant et courageux, de s’en plaindre ; en tous cas, ce ne serait pas « politiquement correct ».

Typique Apparemment synonyme de commun, reçu, banal, sans aucune originalité et de surcroît « politiquement correct ». Bien sûr, on peut dénoncer un discours « typique » sans se rendre compte un seul instant que son propre discours, qui ne fait que sasser et ressasser les plaintes et les lieux communs les plus éculés, est lui même « typique ».

Note de lecture : Alain Ehrenberg, La société du malaise

25 juin 2010

C’est dans un commentaire d’un billet du mois d’avril qu’un de mes lecteurs me demandait mes analyses sur le dernier livre d’Alain Ehrenberg, La Société du malaise (Odile Jacob, 2010). Le commentaire ne venait pas sans raison (on comprendra pourquoi ci-dessous) après un billet où je mentionnais ma relecture de L’Homme sans gravité du psychanalyste Charles Melman, en faisant état d’une difficulté chez Melman liée à la conception (freudienne) de la perversion comme le négatif de la névrose.

Ayant lu depuis le livre d’Ehrenberg, je suis en mesure de répondre partiellement (par quelques questions inspirées de cette lecture) à cette demande qui m’était faite. Lire le reste de cet article »

Le crépuscule de la philosophie

12 juin 2010

Ce que j’avais lu dans la presse ne m’avait pas donné envie de lire le livre de Michel Onfray, Le crépuscule d’une idole. L’affabulation freudienne, d’autant plus que je répugne en général à me laisser imposer mes lectures par les médias. Mais il se trouve que le livre figurait en bonne place sur le présentoir des nouvelles acquisitions à la bibliothèque universitaire. Un peu étonné d’ailleurs, j’ai fini par céder à la curiosité, face à un livre qui a suscité quelque brouhaha médiatique ces derniers mois : je l’ai emprunté. Je n’ai pas été déçu : c’est encore pire que je ne le pensais ! Lire le reste de cet article »

Ferdinand de Saussure et la valeur en économie

17 mai 2010

Une petite réflexion à la va-vite : Ferdinand de Saussure définissait la valeur, à un premier niveau de généralité, comme « système d’équivalence entre des choses d’ordre différent » (travail/salaire, signifié/signifiant). Ainsi, la valeur d’une action, comme celle d’un mot, est d’abord définie de façon négative ou relationnelle, par tout ce qui l’entoure (l’action n n’est pas l’action n+1 et dans un capital divisé en 1000 actions, la valeur de chacune est 1/1000e alors que dans le même capital divisé en 10 000 actions, la valeur de chacune est 1/10 000e). Lire le reste de cet article »

Quelques lectures et quelques liens

1 avril 2010

Relu, L’homme sans gravité. Jouir à tout prix, le livre d’entretiens de Charles Melman (avec Jean-Pierre Lebrun). Melman y annonce l’émergence d’un « nouvelle économie psychique » (NEP) dans laquelle le sujet se verrait sommé de se maintenir dans une « course à la jouissance » encouragée par le libéralisme économique. Comment éviter de se noyer dans cette sommation à jouir sans pour autant retomber dans la névrose freudienne ? Telle est la question sur laquelle ouvrent ces entretiens. Lire le reste de cet article »

Obéissance et éthique

22 mars 2010

Je reprends ici sous forme de billet un commentaire posté chez Verel en réponse à un billet portant sur le « Jeu de la mort ».

Je ne regarde quasiment jamais la télé et le battage médiatique qui a précédé la diffusion de cette émission mercredi m’a plutôt conduit à ne pas faire d’exception ce soir-là. Je me suis dit que passer une émission trash sous prétexte de dénoncer les émissions trash était assez hypocrite de la part de France 2 : « On fait aussi de la téléréalité, mais nous c’est pas pareil : c’est pour dénoncer la téléréalité ». Mouais… Enfin bref. Je n’ai pas regardé. Ai-je eu tort en ratant ainsi un formidable moment de sciences humaines ? J’en doute. En tous cas, me voilà dispensé de parler de l’émission elle-même.

Quelques mots par contre de l’expérience de Milgram. Lire le reste de cet article »

Le public fantôme - Walter Lippmann (1924)

15 mars 2010

Le public fantômeAprès quelques extraits de The Good Society dans le billet précédent, voici quelques extraits d’un autre ouvrage de Walter Lippmann, publié en 1924. Il s’agit des tous premiers paragraphes du livre.

Le citoyen aujourd’hui se sent comme un spectateur sourd assis au dernier rang : il a beau être conscient qu’il devrait prêter attention aux mystères qui se déroulent là-bas sur la scène, il n’arrive pas à rester éveillé. D’une façon où d’une autre, ce qui se passe le concerne, il le sait bien. Qu’il s’agisse des règles et règlements omniprésents, des impôts à payer chaque année ou des guerres qui surviennent à l’occasion, tout conspire à lui rappeler qu’il est pris de toute part dans le cours des événements. Lire le reste de cet article »


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