Enseignants-chercheurs : méfiez-vous du statu quo

5 mars 2009

Une réflexion pertinente de Roberto di Cosmo sur son site.

NB. Professeur d’informatique à Paris VII, Roberto di Cosmo est l’auteur de Le Hold Up planétaire. La face caché de Microsoft, auquel je dois la découverte de Linux et des logiciels libres et, du même coup, un augmentation très nette de mes compétences en informatique et dans les TIC. Il est aussi un défenseur de la publication scientifique libre.

Publi-reportage

3 février 2007

La pratique du publi-reportage est ancienne. Mais d’ordinaire, le lecteur ou le téléspectateur est prévenu qu’il s’agit de publicité. TF1 - dont le métier consiste à rendre nos cerveaux disponibles pour Coca-Cola - n’a pas ce genre de scrupules. Jeudi 1er février, c’est Bill Gates que PPDA recevait au 20 heures. Interview extrêmement complaisant. Pas la moindre petite question pour titiller William Gates sur le caractère finalement peu innovant (mais très coûteux) de Vista. Pas la moindre petite question sur les dispositifs sécuritaires, au profit de l’industrie du spectacle, plus que des usagers, que contient cette nouvelle version de Windows. Pas la moindre petite question non plus sur le fait que Vista continue à violer délibérément les règles européennes. On change de chaîne, vraiment écoeuré par tant de servilité.

Dans une telle affaire, il n’y a finalement rien à dire contre Bill Gates. En tant que commercial n°1 de Microsoft, il fait la promotion du nouveau produit de sa boîte. Rien de plus normal. C’est son job. Mais du côté du journaliste c’est autre chose. Fait-il son métier ?

Je n’en sais rien, mais en tous cas, lui aussi fait son job. Celui d’acteur de spot publicitaire (comme Zizou avec Volvic). Ce que je prenais pour de la “servilité” avait une explication rationnelle (la rationalité de l’homo oeconomicus en tous cas). Car il s’agit bien de publicité. Nous n’avons pas assisté à un interview, mais bel et bien à un spot publicitaire. En effet, TF1 a signé un accord avec Microsoft pour faire la publicité de Vista. Le problème est que rien ne prévient le téléspectateur qu’il regarde non pas un journal mais un spot publicitaire…

En vidéo : l’innovation selon Vista (découvert sur geekworld).

La formation à l’informatique à l’université

10 juin 2006

Les formations en informatique proposées par l’université (aux personnels mais aussi aux étudiants) restent trop souvent des formations à des outils propriétaires (Microsoft notamment), malgré des exceptions comme Moodle (sous licence GPL – cf. http://www.gnu.org/copyleft/gpl.html), utilisé à Rennes 2 pour les cours en ligne, malgré aussi la promotion de Firefox et Thunderbird et en attendant de futures formations à Open Office.
Pourtant, nous n’avons absolument pas à nous former (et à former les étudiants) à Word mais au traitement de texte (domaine dans lequel il existe certes Word mais aussi de très bonnes alternatives libres comme justement OpenOffice Writer…) voire au formatage de texte (LaTeX…). De même, nous n’avons pas à nous former à Excel mais aux tableurs (parmi lesquels il y a aussi Open Office Calc…) et plus largement aux outils de calcul (parmi lesquels R, Scilab…). Nous n’avons pas non plus à nous former à Power Point (pauvre point ?) mais aux outils de présentation (et ils sont très nombreux : OpenOffice Impress, Magicpoint… surtout si l’on ajoute les outils utilisant le format PDF à partir de fichiers LaTeX ou autres, tels PDFscreen, etc.).
Il en va de même d’ailleurs pour la formation que nous donnons aux étudiants : s’agit-il d’en faire des clients captifs de Microsoft parce qu’ils ne connaissent que ça ou s’agit-il de les former à l’informatique (ce qui n’est pas du tout la même chose) ?
Outre que ces logiciels propriétaires coûtent cher (acquisition, licences…) et que l’argent public pourrait souvent être mieux utilisé1, une université, établissement d’enseignement public, élément du dispositif d’Éducation nationale, n’a sans doute pas à travailler gratuitement à entretenir le marché captif et les rentes de situation d’une entreprise privée, de surcroît une multinationale américaine. Pour cela, elle doit veiller au pluralisme des outils dans la formation à l’informatique (sachant encore une fois qu’il s’agit de former à une maîtrise de l’informatique, permettant de s’adapter à n’importe quel outil et de choisir, et non pas de former à l’utilisation de tel ou tel outil particulier, forme de monoculture et de perte de compétence, puisque l’usager formé dans la monoculture est perdu dès lors qu’il se trouve en face d’un outil auquel il n’est pas habitué).
La démocratie dans la société de l’information est à ce prix. Car qui dit société de l’information dit outils de production, de lecture et d’accès aux documents numériques. Former seulement aux outils Microsoft, c’est travailler, volontairement ou non, à perpétuer la situation de quasi-monopole et donc de contrôle sur la société de l’information que détient cette société. Contrôle qu’elle souhaiterait bien accroître encore en verrouillant le marché à son profit grâce aux brevets logiciels et autres DRM (Digital Rights Management).

Bref, les choix techniques ne sont pas neutres.

Pour plus d’information, je ne peux que renvoyer à quelques sites :

Et dans un domaine plus directement politique, la tribune publiée dans Le Figaro du 23 juin 2006 par Bernard Carayon (député UMP du Tarn) et Michel Rocard (député européen PS, ancien premier ministre), dont les arguments, malheureusement, n’ont guère été entendus, ni par le gouvernement, ni par la majorité des députés UMP qui ont voté la loi DADVSI le 30 juin.

1Travailler avec des outils libres permet en plus d’en faire des copies pour les étudiants, cela en toute légalité. Les étudiants peuvent ainsi travailler chez eux, pour un coût négligeable, voire nul, sur les mêmes logiciels que ceux utilisés en cours. Ce qui est un énorme avantage pédagogique.


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