La mort du grand Pan ou le désenchantement du monde

La vocation originelle de ce blog ayant été de publier des bribes d’idées qui n’avaient pas leur place dans des publications plus sérieuses, je poursuis la série littéraire et musicale, celle des billets pour rien.

Je n’y avais jamais pensé avant, mais la chanson Le grand Pan de Brassens est aussi une belle variation poétique sur le thème par ailleurs wébérien du désenchantement du monde, prolongé par la réflexion de Marcel Gauchet sur le christianisme comme religion de la fin de la religion. « J’ai bien peur que la fin du monde soit bien triste », conclut Brassens. À réécouter sans modération, pour échapper, ne fut-ce que quelques instants, à toute « la bande au professeur Nimbus »…


georges brassens – le grand pan par bisonravi1987

À lire ou relire aussi cette légende parmi les plus belles que nous ait léguées l’Antiquité (ici contée par Rabelais au chapitre XXVIII du Quart Livre) :

Epitherses père de Aemilian rheteur naviguant de Grece chargée de diverses marchandises, & plusieurs voyagiers, sur le soir cessant le vent auprès des isles Echinades, les quelles sont entre la Morée & Tunis, feut leur nauf portée près de Paxes. Estant là abourdée, aulcuns des voyagiers dormans, aultres veiglans, aultres beuvans & souppans, feut de l’isle de Paxes ouie une voix de quelqu’un qui haultement appelloit Thamoun. Auquel cris tous feurent espovantez.

Cestuy Thamous estoit leur pilot natif de Aegypte, mais non congneu de nom, fors à quelques uns des voyagiers. Feut secondement ouie ceste voix: Laquelle appelloit Thamoun en cris horrificques. Persone ne respondent, mais tous restant en silence & trepidation, en tierce foys ceste voix feut ouie plus terrible que davant. Dont advint que Thamous respondit. Ie suys icy, que demande tu? que veulx tu que ie face? Lors feut icelle voix plus haultement ouie, luy disant & commandant, quand il seroit en Palodes publier & dire que Pan le grand Dieu estoit mort.

Ceste parolle entendue disoyt Epitherses tous les nauchiers & voyaigiers s’estre esbahiz & grandement effrayez: Et entre eulx deliberans quel seroit meilleur ou taire ou publier ce que avoit esté commandé, Dist Thamous son advis estre, advenent que lors ilz eussent vent en pouppe, passer oultre sans mot dire: advenent qu’il feust calme en mer, signifier ce qu’il avoit ouy. Quand doncques feurent près Palodes advint qu’ilz ne eurent ne vent ne courant. Adoncques Thamous montant en prore, & en terre proiectant sa veue dist ainsi que luy estoit commandé, que Pan le grand estoit mort. Il n’avoit encores achevé le dernier mot quand feurent entenduz grands souspirs, grandes lamentations, & effroiz en terre, non d’une persone seule, mais de plusieurs ensemble. Ceste nouvelle (par ce que plusieurs avoient esté praesens) feust bien toust divulguée en Rome. Et envoya Tibère Cesar lors empereur en Rome querir cestuy Thamous. Et l’avoir entendu parler adiousta foy à ses parolles. Et se guementant es gens doctes qui pour lors estoient en sa court & en Rome en bon nombre, qui estoit cestuy Pan, trouva par leur rapport qu’il avoit esté filz de Mercure & de Penelope. Ainsi au paravant l’avoient escript Herodote & Cicero on tiers livre de la nature des Dieux.

Toutesfoys ie le interpretoys de celluy grand Servateur des fidèles, qui feut en Iudée ignominieusement occis par l’envie & iniquité des Pontifes, docteurs, prebstres, & moines de la loy Mosaicque. Et ne me semble l’interpretation abhorrente. Car à bon droict peut il estre en languaige Gregoys dict Pan. Veu que il est le nostre Tout, tout ce que sommes, tout ce que vivons, tout ce que esperons est luy, en luy, de luy, par luy. C’est le bon Pan le grand pasteur qui comme atteste le bergier passionné Corydon, non seulement a en amour & affection ses brebis, mais aussi ses bergiers. A la mort duquel feurent plaincts, souspirs, effroy, & lamentations en toute la machine de l’Univers, cieulx, terre, mer, enfers. A ceste miene interpretation compète le temps. Car cestuy tresbon tresgrand Pan, nostre unique Servateur mourut lez Ierusalem, regnant en Rome Tibère Caesar.

Pantagruel ce propous finy resta en silence & profonde contemplation. Peu de temps après nous veismes les larmes decouller de ses oeilz grosses comme oeufz de Austruche. Ie me donne à Dieu, si i’en mens d’un seul mot.

Suivie du texte de Plutarque :

περὶ δὲ θανάτου τῶν τοιούτων ἀκήκοα λόγον ἀνδρὸς οὐκ ἄφρονος οὐδ´ ἀλαζόνος. Αἰμιλιανοῦ γὰρ τοῦ ῥήτορος, οὗ καὶ ὑμῶν ἔνιοι διακηκόασιν, Ἐπιθέρσης ἦν πατήρ, ἐμὸς πολίτης καὶ διδάσκαλος γραμματικῶν. οὗτος ἔφη ποτὲ πλέων εἰς Ἰταλίαν ἐπιβῆναι νεὼς ἐμπορικὰ χρήματα καὶ συχνοὺς ἐπιβάτας ἀγούσης· ἑσπέρας δ´ ἤδη περὶ τὰς Ἐχινάδας νήσους ἀποσβῆναι τὸ πνεῦμα, καὶ τὴν ναῦν διαφερομένην πλησίον γενέσθαι Παξῶν· ἐγρηγορέναι δὲ τοὺς πλείστους, πολλοὺς δὲ καὶ πίνειν ἔτι δεδειπνηκότας· ἐξαίφνης δὲ φωνὴν ἀπὸ τῆς νήσου τῶν Παξῶν ἀκουσθῆναι, Θαμοῦν τινος βοῇ καλοῦντος, ὥστε θαυμάζειν. ὁ δὲ Θαμοῦς Αἰγύπτιος ἦν κυβερνήτης οὐδὲ τῶν ἐμπλεόντων γνώριμος πολλοῖς ἀπ´ ὀνόματος. δὶς μὲν οὖν κληθέντα σιωπῆσαι, τὸ δὲ τρίτον ὑπακοῦσαι τῷ καλοῦντι· κἀκεῖνον ἐπιτείνοντα τὴν φωνὴν εἰπεῖν ‘ὁπόταν γένῃ κατὰ τὸ Παλῶδες, ἀπάγγειλον ὅτι Πὰν ὁ μέγας τέθνηκε.’ τοῦτ´ ἀκούσαντας ὁ Ἐπιθέρσης ἔφη πάντας ἐκπλαγῆναι καὶ διδόντων ἑαυτοῖς λόγον εἴτε ποιῆσαι βέλτιον εἴη τὸ προστεταγμένον εἴτε μὴ πολυπραγμονεῖν ἀλλ´ ἐᾶν, οὕτως γνῶναι τὸν Θαμοῦν, εἰ μὲν εἴη πνεῦμα, παραπλεῖν ἡσυχίαν ἔχοντα, νηνεμίας δὲ καὶ γαλήνης περὶ τὸν τόπον γενομένης ἀνειπεῖν ὃ ἤκουσεν. ὡς οὖν ἐγένετο κατὰ τὸ Παλῶδες, οὔτε πνεύματος ὄντος οὔτε κλύδωνος, ἐκ πρύμνης βλέποντα τὸν Θαμοῦν πρὸς τὴν γῆν εἰπεῖν, ὥσπερ ἤκουσεν, ὅτι ‘ὁ μέγας Πὰν τέθνηκεν’. οὐ φθῆναι δὲ παυσάμενον αὐτὸν καὶ γενέσθαι μέγαν οὐχ ἑνὸς ἀλλὰ πολλῶν στεναγμὸν ἅμα θαυμασμῷ μεμιγμένον. οἷα δὲ πολλῶν ἀνθρώπων παρόντων ταχὺ τὸν λόγον ἐν Ῥώμῃ σκεδασθῆναι, καὶ τὸν Θαμοῦν γενέσθαι μετάπεμπτον ὑπὸ Τιβερίου Καίσαρος. οὕτω δὲ πιστεῦσαι τῷ λόγῳ τὸν Τιβέριον, ὥστε διαπυνθάνεσθαι καὶ ζητεῖν περὶ τοῦ Πανός· εἰκάζειν δὲ τοὺς περὶ αὐτὸν φιλολόγους συχνοὺς ὄντας τὸν ἐξ Ἑρμοῦ καὶ Πηνελόπης γεγενημένον.‘ ὁ μὲν οὖν Φίλιππος εἶχε καὶ τῶν παρόντων ἐνίους μάρτυρας Αἰμιλιανοῦ τοῦ γέροντος ἀκηκοότας.

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