Aux corbeaux !

« Nicolas Sarkozy confronté à l’impatience des marchés » (Le Monde, 11/08/2011).

« La réunion de crise à l’Elysée, mercredi, semble avoir inquiété les Bourses au lieu de les rassurer. » (Le Monde, 11/08/2011).

Les marchés, les bourses ! Les bourses, les marchés !

On n’entend plus que ces mots-là ! C’est pourquoi, pour mettre les pendules à l’heure, afin que les choses soient claires, qu’il n’y ait plus de faux semblants, je propose de modifier la Constitution dans le sens suivant :

Art. 1er :

Le dernier alinéa de l’art. 2 de la Constitution de la Ve République est remplacé par la phrase suivante :

« Son principe est : gouvernement du peuple, par les marchés, pour les marchés ».

Art. 2 :

Le premier alinéa de l’art. 3 de la Constitution est remplacé par la phrase suivante :

« La souveraineté appartient aux marchés qui l’excercent par leurs représentants ».

La référence au référendum est supprimée (de toute façon, invités à s’exprimer par référendum, les peuples, en général, votent mal).

Art. 3 :

L’art. 5 de la Constitution est remplacé par la formulation suivante :

« Le président de la République veille à la satisfaction des marchés. Il assure, par son arbitrage, leur fonctionnement régulier. Il est le garant de leur prospérité, de l’intégrité de leurs profits (seules les pertes peuvent être socialisées) et du respect de leur moindre caprice. »

Art. 4 :

Le premier alinéa de l’article 20 de la Constitution est remplacé par le texte suivant :

« Le Gouvernement détermine et conduit la politique favorable aux marchés. »

PS. Pour trouver des billets plus sérieux sur le même sujet, je vais lire du côté de chez Paul Krugman (qui donne beaucoup de liens) et aussi, de ce côté-ci de l’océan, du côté de chez Rationalité Limitée ou de Gizmo qui est sortie de son hibernation et qui cite Lordon

Toujours aussi se souvenir de ceci (le scénario à peu près exact de la crise des subprimes qu’on était impatient d’appliquer à la France).

Sinon, un classique de la sociologie sur la question : « La dette publique, en d’autres termes l’aliénation de l’État, qu’il soit despotique, constitutionnel ou républicain, marque de son empreinte l’ère capitaliste » (clic — remonter un peu au-dessus de la note 7). On peut apprécier aussi l’avertissement de Tocqueville dans le tome II de La Démocratie en Amérique.

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8 réponses à Aux corbeaux !

  1. Eugène dit :

    Super! Mais bon il y a qd même une autre solution certes plus difficile à expliquer.

  2. anthropopotame dit :

    En fait il y a une virgule de trop dans ta formulation:  » gouvernement du peuple, par les marchés, pour les marchés ». La formulation exacte serait : « gouvernement du peuple par les marchés, pour les marchés » – je suppose que c’était ce que tu voulais dire.

  3. Jean-Michel dit :

    J’ai calqué ma formulation sur celle de la constitution qui dit « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Je suis assez pinailleur sur les virgules d’habitude, mais là je ne vois pas très bien en quoi la présence de la virgule crée un effet de sens différent de son absence.

  4. anthropopotame dit :

    Avec la virgule, le gouvernement demeure celui du peuple. Sans la virgule, c’est le marché qui gouverne le peuple.

  5. Anthropiques dit :

    Tu soulèves une question de grammaire qui n’est pas sans intérêt, mais qui est moins le problème de la virgule que le problème de l’ambiguïté du complément de nom avec « de » en français, quand le nom complété désigne une action, non ?
    Exemples :
    « l’amour d’une mère ». C’est la mère qui aime ou qui est aimée ?
    « la crainte du seigneur ». C’est le seigneur qui craint ou qui est craint ?
    « le gouvernement du peuple ». C’est le peuple qui gouverne ou qui est gouverné ?
    Existait aussi en grec. Cf. La grammaire grecque de Ragon, § 211 qui distingue un sens objectif et un sens subjectif du génitif. Exemples :
    τὸ τῶν πολεμίων δέος, « la crainte des ennemis » : ce sont les ennemis qui craignent ou ce sont eux qui sont craints ?
    τὸ Μεγαρέων ψήφισμα, « le décret des Mégariens » : il s’agit du décret rendu par les Mégariens ou du décret rendu au sujet des Mégariens ? Le contexte (Thucydide, Guerre du Péloponnèse, I, CXL) permet de se déterminer pour la seconde solution.
    L’ambiguïté existe aussi en latin : metus hostium, mais pas en russe, qui emploie une autre construction
    En d’autres langues ?
    Bon, du coup, j’ajoute le tag « langues anciennes » et la catégorie « linguistique » à ce billet 😉

  6. Anthropiques dit :

    Cette question de l’ambiguïté du complément de nom fait penser en tout cas…
    C’est délibérément, évidemment, que Lacan cultivait l’ambiguïté dans sa fameuse formule « le désir de l’homme, c’est le désir de l’autre » (l’autre désire et est désiré tout à la fois).
    Sinon, sans me lancer dans de grandes recherches, j’essaie de trouver quelques exemples dans les langues que je connais un tant soit peu.
    En breton, on a par exemple ceci :
    Ar bleunig a dro wechouigou
    Karantez ar plah a dro atao.

    La petite fleur tourne parfois,
    L’amour de la jeune fille tourne toujours.
    (dans le chant Le lépreux, du Barzaz Breiz)
    Ici c’est la jeune fille qui aime (et puis n’aime plus !).
    De même dans le cantique Karantez vraz an Aotrou Doue (le grand amour de Dieu), c’est Dieu qui aime (génitif subjectif).
    Rechercher des cas de génitif objectif en breton.
    Des exemples en d’autres langues seront bienvenus. Je pourrai faire une première synthèse dans un nouveau billet.

  7. anthropopotame dit :

    Tu as tout de même une faculté d’enthousiasme assez admirable 🙂

  8. blacktactics dit :

    C’est tout de même impressionnant ce que peut faire une virgule!! Elle vous a éloigné du sujet principal pour en fin de compte vous mettre à discuter de la grammaire de la langue Française.

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