Hypothèses

Où je me dis qu’il faudrait que je reprenne les hypothèses que j’avais laissées à l’état embryonnaire il y a un peu plus de 10 ans sur les «passages à la limite» possible des utopies (et dystopies) écologistes.

Mais il faudrait ajouter les hypothétiques asomasies, dont le syndrome d’Asperger (SA), qui n’est pas sans effets dans la version de l’écologie que donne Greta Thunberg. Cf. le portrait type d’un SA (Beaud et de Guibert, 2011) :

l’enfant commence à parler à un âge habituel voire précoce et possède des capacités cognitives normales voire supérieures. Le caractère incontournable du syndrome apparaît surtout à l’entrée à l’école, vis-à-vis des pairs et des contraintes pédagogiques. Les interactions sociales, les amitiés, sont atypiques, même si elles sont recherchées. Le regard, les gestes, les mimiques, les postures sont inhabituels, limités ou maladroits. Les aspects formels du langage (phonologie, lexique, grammaire) sont préservés tandis que ses aspects sociaux ou pragmatiques (comme la capacité à prendre en compte autrui et faire des concessions mutuelles dans un dialogue) sont altérés. Des intérêts spécialisés, envahissants et inusuels sont courants (des dinosaures aux horaires d’autobus). L’enfant plus âgé collectionne, de façon encyclopédique, des informations abondantes sur un thème. Il donne souvent l’impression d’être « un petit professeur » qui monologue longuement sur son thème de prédilection ; les propos sont précis, détaillés, mais non adaptés à la construction d’une relation sociale ; l’enfant emploie un vocabulaire avancé pour son âge, formel ou sophistiqué. Le style général est qualifié de pédant. La prosodie est inusuelle (c’est-à-dire, monotone ou avec une hauteur de voix atypique), non dans sa fonction grammaticale, mais dans sa fonction relationnelle (comme attirer l’attention de l’interlocuteur sur une information nouvelle par exemple) et affective (indiquer les sentiments du locuteur). On note enfin une difficulté à interpréter le langage non littéral.

Elle-même n’y est pour rien bien sûr. Il ne s’agit aucunement de l’accabler. En revanche, on pourrait attendre des commentateurs un minimum de discernement. Une approche autiste de la question climatique n’est peut-être pas la meilleure conseillère, pas plus que ne le serait une approche névrotique, perverse ou psychotique. On me répondra que ce n’est pas cela qui compte, mais l’urgence climatique et que dans ce contexte tous les activismes sont bons à prendre. On me renverra peut-être même à la fameuse sentence confucéenne : Quand le sage montre la lune, l’idiot, lui, regarde le doigt. Sans doute, mais encore faut-il que le sage soit sage. Or les troubles de la personne comme de la norme ne sont probablement pas les meilleures voies d’accès à la sagesse. De ce point de vue, l’apport de l’anthropologie clinique qui conduit à s’intéresser à ce qui donne forme au discours n’est pas du tout inutile. L’historien Jean Delumeau avant moi l’avait bien compris quand il s’intéressait dans La peur en Occident. XIVe-XVIIIe siècles (1978) puis Le Péché et la Peur, la culpabilisation en Occident, XIIIe-XVIIIe siècles (1983), en s’appuyant sur les travaux d’Antoine Vergote, lui-même proche de Jacques Schotte et d’Alphonse de Waelhens, au rôle des névroses dans la surculpabilisation que l’on trouvait au cœur de la «pastorale de la peur». À l’époque étudiée par Delumeau, caractérisée par l’omniprésence des Églises, catholique aussi bien que protestantes, les névroses et autres troubles avaient tendance à prendre un contenu religieux (chrétien en l’occurrence, dans une Europe chrétienne). Compte tenu du déclin du christianisme, c’est de moins en moins le cas aujourd’hui (du moins en Europe). On les voit en revanche prendre un contenu sanitaire, hygiénique et désormais écologiste. Cela ne veut pas dire du tout, bien sûr, que la religion ou l’écologisme sont nécessairement morbides. Mais si l’on veut éviter les excès possibles d’une nouvelle «pastorale de la peur», il ne sera sans doute pas inutile de repérer aussi, quand ils sont présents, ces aspects morbides.

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