Marcel Mauss et les techniques du corps

Dans le célèbre article sur les techniques du corps, l'argument central de Mauss est toujours le même : les techniques du corps varient dans l'espace comme dans le temps. Elles sont diverses et spécifiques (à telle ou telle société). Elles ont une histoire. Elles s'apprennent soit explicitement, soit par imitation.

Tout cela est indéniable : il existe selon les époques et les sociétés des façons différentes de marcher, d'accoucher, de se reposer, de manger ou de faire l'amour (tous ces exemples - et d'autres encore - sont de Mauss).

Mais en quoi s'agit-il de techniques ? Pour Mauss un acte technique est un acte traditionnel efficace. Et les actes techniques se divisent en techniques à instrument et techniques du corps.

Selon nous, cette définition manque de précision. Si l'on se place comme je le fais dans la perspective de l'anthropologie clinique médiationniste, l'efficacité ne suffit pas à définir la technique. L'usage du bâton par le chimpanzé peut être efficace. Il n'est pas technique. Pour que l'on puisse parler de technique, il faut qu'intervienne une analyse proprement humaine qui transforme la matière en matériaux et la fin en tâches.

Cette analyse est sans doute présente dans la plupart des techniques à instruments évoquées par Mauss (manger avec des couverts, grimper aux arbres avec des crampons et une ceinture, dormir dans un hamac ou la tête sur un oreiller...). Mais on ne la voit pas bien ni dans la marche, ni dans la nage, ni dans les positions sexuelles...

Bien sûr, la marche, la nage ou les positions sexuelles varient socialement et historiquement. Les styles de marche, de nage ou de position sexuelle sont marqués ethniquement. Mais en quoi le corps ou telle partie du corps y est-il analysé comme matériau ? En quoi le mouvement y est-il divisé en tâches, dénotées par des dispositifs particuliers ?

Seule la danse peut-être, parmi les techniques énumérées par Mauss, fait-elle exception. En effet, il semble que l'on puisse trouver dans le rythme des pas l'effet d'une analyse quantitative analogue à celle qui donne le rythme musical (d'ailleurs le rythme d'une danse peut aussi s'écrire avec des notes de différente valeur : ronde, blanche, noire, etc). Quant à l'analyse qualitative, on la trouverait dans les identités de pas : alternance du pied gauche et du pied droit, ampleur verticale et horizontale, caractère glissé, sautillant ou rebondissant, intensité du martellement au sol, etc.

Des pistes à suivre en tous cas...

Ajout du 04 juillet 2009 : réflexion poursuivie dans une prépublication sur halshs

Ce contenu a été publié dans Ergologie, Sociologie, avec comme mot(s)-clé(s) , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.

Une réponse à Marcel Mauss et les techniques du corps

  1. Jean-Michel Le Bot dit :

Les commentaires sont fermés.