La guerre civile n’a pas eu lieu.

Il y a dix-huit ans, l’URSS semble au bord de la guerre civile à la suite du putsch réalisé par un Comité d’État pour l’état d’urgence (GuéKaTchéPé). Mais les putschistes, présentés comme les durs du régime, sont bien loin d’avoir la détermination de leurs prédécesseurs bolcheviks. Ils tergiversent, hésitent, tandis que les troupes refusent de leur obéir. A 12h15 le 21 (heure de Moscou), ils tentent de s’enfuir. A 16H15, les troupes déployées dans Moscou regagnent leurs casernes sur ordre du ministère de la Défense. Quelques mois plus tard, Mikhaïl Gorbatchev, qui avait été désigné au poste nouvellement créé de Président de l’URSS en mars 1990, ne présidait plus qu’un État fantoche. L’URSS avait cessé d’exister. La crainte d’une guerre civile et d’un scénario à la Yougoslave ne s’effaça pas tout de suite. Dans les discussions avec les « Russes d’en bas » début 1993, cette crainte revenait souvent dans un contexte de tension croissante entre l’exécutif et le parlement, tension qui devait se terminer par l’assaut de la Maison blanche début octobre. Mais la guerre civile n’a finalement pas eu lieu (même si les conflits armés se sont multipliés au Caucase et dans un moindre mesure en Asie centrale : Tadjikistan, Nagorny Karabakh, Abkhazie, Tchétchénie…). Avec le recul, cette dissolution relativement pacifique de l’URSS ne cesse pas d’étonner. Elle contraste en tous cas avec une construction du pouvoir soviétique qui s’était faite dans la violence et le sang (de la terreur rouge des premières années de la révolution à la guerre civile et aux purges staliniennes). J’aurais un sujet à choisir pour une thèse d’histoire contemporaine, je crois que je regarderais du côté de la période qui va des dernières années de l’ère Brejnev aux débuts de la Russie de Eltsine.

Le début de la conférence de presse des putschistes, le 19 août 1991 :

La presse russe ces jours-ci a consacré quelques articles au dix-huitième anniversaire du putsch. La nouvelle Pravda rapporte les résultats d’un sondage réalisé régulièrement à la même époque par le centre Levada. On ne peut pas dire que les événements d’août 1991 soient perçus comme un grand tournant historique par les personnes interrogées : 42% d’entre elles y voient seulement un épisode d’une bataille pour le pouvoir aux plus hauts échelons du pays (contre 33% qui y voient un événement tragique qui a eu des conséquences désastreuses pour le pays et le peuple et 9% qui y voient une victoire de la révolution démocratique contre le pouvoir du Parti). Cette espèce de désillusion apparaissait encore mieux dans le sondage de l’an dernier : en réponse à la question « Qui selon vous avait raison à cette époque ? Le GuéKaTchéPé ? Eltsine et les démocrates ? Ni les uns ni les autres ? 49 % des répondants choisissaient la 3e réponse).

Cette désillusion ou cette indifférence se retrouve dans la faible mobilisation autour de la commémoration de ces événements de 1991 qui firent quand même trois morts à Moscou (trois jeunes hommes auxquels la poste soviétique, dans les derniers mois de son existence avait curieusement consacré trois timbres). Le journal Novaya Gazeta raconte bien les difficultés rencontrées, notamment à Saint-Pétersbourg, par les quelques opposants qui ont voulu se rassembler cette année pour une commémoration sur les lieux les plus symboliques des événements d’août 1991. Mais si l’on en croit le journal petersbourgeois Fontanka, ils n’étaient finalement que trente
.

Ce contenu a été publié dans Histoire, Russie, avec comme mot(s)-clé(s) , , , . Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien.