Contrer le pouvoir des lobbies financiers

23 juin 2010

C’est dans le second volume de La Démocratie en Amérique que Tocqueville invitait « les amis de la démocratie » à « sans cesse tourner avec inquiétude leurs regards » du côté de « l’aristocratie industrielle » alors naissante ; « car, si jamais l’inégalité permanente des conditions et l’aristocratie pénètrent de nouveau dans le monde, on peut prédire qu’elles y entreront par cette porte » (De la démocratie en Amérique, t. II, chap. XX).

Ce qui pour Tocqueville était une inquiétude est aujourd’hui une réalité : celle d’une pression quotidienne exercée sur les gouvernements par l’industrie financière et banquière afin d’influencer à son profit les lois qui la régissent. Lire le reste de cet article »

Crise, révolution, mutation

8 juillet 2009

Je vide les tiroirs avant les vacances avec un extrait d’une intervention que j’avais faite l’an dernier lors d’un séminaire du LIRL à l’occasion du 40e anniversaire de mai 1968. La première partie donnait quelques repères sur l’historiographie de mai 1968, la seconde, ci-dessous, s’inspirait des définitions proposées par Jean Gagnepain pour distinguer crise, révolution et mutation. Il s’agit de notes de travail, de jalons pour une réflexion inachevée…

Les notions de crise, de révolution, de mutation font partie du vocabulaire courant des sociologues, comme des économistes (crise économique, révolution industrielle, mutation technologique) ou des historiens sans toujours être bien définis. Retour sur ces trois concepts qui n’épuisent sans doute pas le changement historique. Lire le reste de cet article »

Ce qui se conçoit bien…

14 juin 2008

La victoire du non au référendum irlandais sur le « mini-traité européen » se traduit par une vague de billets et de commentaires sur les blogs. Les partisans du non se réjouissent, aux deux extrémités de l’éventail politique, du geste de leurs « frères » ou « camarades » irlandais. La polémique se fait acerbe y compris sur des sites qui nous ont habitués à un ton mesuré. Ainsi maître Eolas dérape dans l’une de ses réponses aux nombreux commentaires qui suivent son billet sur le « Níl » irlandais :

Demander son avis à un ignorant au nom de la démocratie n’est pas de la démocratie. C’est de la démagogie.

Bien sûr, la phrase ne se comprend qu’au regard de ce qui précède :

Les Irlandais qui votent non, comme les français qui ont voté non en 2005, ne votent pas sur un texte que pour la plupart ils n’ont pas lu et visiblement pas compris. Voyez un peu les arguments du nil. Trouvez-moi la sagesse du peuple, habité par la lumière divine car il est le souverain. Trouvez-moi la critique des textes, l’argument qui dit : «Nice, auquel on a voté non en 2001, en fait c’est mieux, il faut y rester ». Une pinte de Guinness à gagner.

Elle n’en témoigne pas moins du mépris de certaines « élites » pour la sotte populace. Lire le reste de cet article »

L’avenir radieux

25 avril 2008

avenir_radieux_small.pngJe regardais hier soir l’émission C dans l’air sur France 5 consacrée aux Spéculateurs de la faim. Ce fut pour entendre Philippe Chalmin nous expliquer doctement que la spéculation, « jeu à somme nulle », « huile dans le moteur », « écume sur la vague », ne pouvait être rendue responsable de l’augmentation du prix des céréales, bien au contraire, et que « plus il y a de spéculateurs, plus nous sommes proches de ce que nous les économistes appelons la concurrence parfaite, c’est-à-dire une atomicité parfaite de l’offre et de la demande » (bref, plus on se rapproche de l’idéal). Mon propos n’est pas ici de rendre la spéculation seule responsable de la flambée des prix des denrées alimentaires. Il y a bien évidemment d’autres facteurs. Il ne s’agit pas non plus d’assimiler sans plus d’analyse marchés dérivés et spéculation. Il s’agit seulement de souligner la réponse imparable des doctrinaires du laisser faire confrontés aux effets pervers des marchés. Lire le reste de cet article »

Sciences et techniques : favoriser l’innovation ou conforter les monopoles ?

6 février 2008

De passage à Paris, Bill Gates défend son business model dans un entretien accordé à La Tribune (1er février 2008). Il revient notamment sur le système des brevets dont il est un fervent défenseur :

« Le système des brevets remonte aux origines des États-Unis, quand Thomas Jefferson a dit que les inventeurs devaient être reconnus. Cela a été un formidable moteur pour l’innovation, par exemple dans la pharmacie. La révolution des technologies de l’information n’aurait pas eu lieu sans brevets. »

Et de conclure :

« Il suffit de voir quelles ont été les innovations de la médecine russe, sans brevet ! »

En quelques phrases, on passe de la pharmacie aux technologies de l’information et à la médecine, avec la référence inévitable à la Russie (confondue avec l’URSS) dans le rôle du repoussoir1.

Ce faisant, Bill Gates ne défend rien d’autre que ce qu’il faut bien appeler un capitalisme monopolistique d’État. Lire le reste de cet article »

  1. Ajout du 09/02 : la Russie qui sert ici de repoussoir à Gates a décidé d’équiper ses écoles en logiciels libres à la suite de l’affaire Ponosov (voir un exposé détaillé sur le wikipedia russe). []

Le tout génétique… ou comment prendre les gens pour des lapins

19 septembre 2007

Monsieur Mariani, rapporteur, au nom de la commission des lois, du projet de loi relatif à la maîtrise de l’immigration, à l’intégration et à l’asile, est l’auteur, on le sait, de l’amendement n° 36 autorisant le recours à des tests ADN pour les candidats au regroupement familial.
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Publi-reportage

3 février 2007

La pratique du publi-reportage est ancienne. Mais d’ordinaire, le lecteur ou le téléspectateur est prévenu qu’il s’agit de publicité. TF1 - dont le métier consiste à rendre nos cerveaux disponibles pour Coca-Cola - n’a pas ce genre de scrupules. Jeudi 1er février, c’est Bill Gates que PPDA recevait au 20 heures. Interview extrêmement complaisant. Pas la moindre petite question pour titiller William Gates sur le caractère finalement peu innovant (mais très coûteux) de Vista. Pas la moindre petite question sur les dispositifs sécuritaires, au profit de l’industrie du spectacle, plus que des usagers, que contient cette nouvelle version de Windows. Pas la moindre petite question non plus sur le fait que Vista continue à violer délibérément les règles européennes. On change de chaîne, vraiment écoeuré par tant de servilité.

Dans une telle affaire, il n’y a finalement rien à dire contre Bill Gates. En tant que commercial n°1 de Microsoft, il fait la promotion du nouveau produit de sa boîte. Rien de plus normal. C’est son job. Mais du côté du journaliste c’est autre chose. Fait-il son métier ?

Je n’en sais rien, mais en tous cas, lui aussi fait son job. Celui d’acteur de spot publicitaire (comme Zizou avec Volvic). Ce que je prenais pour de la “servilité” avait une explication rationnelle (la rationalité de l’homo oeconomicus en tous cas). Car il s’agit bien de publicité. Nous n’avons pas assisté à un interview, mais bel et bien à un spot publicitaire. En effet, TF1 a signé un accord avec Microsoft pour faire la publicité de Vista. Le problème est que rien ne prévient le téléspectateur qu’il regarde non pas un journal mais un spot publicitaire…

En vidéo : l’innovation selon Vista (découvert sur geekworld).

La sociologie, l’exclusion et la lutte des classes

25 octobre 2006

Un article de Libération du lundi 23 octobre dernier nous annonce qu’une vaste enquête sociologique démontre le décalage entre le discours politique et la réalité d’un système saturé par les nouvelles inégalités. L’enquête en question fait l’objet d’un ouvrage de 650 pages, La France invisible, sous la direction de Stéphane Beaud, Joseph Confavreux et Jade Lindgaard (Editions La Découverte). La parole y est donnée à tous ceux qu’on ne voit plus : employé en CDD depuis dix ans, étranger renvoyé au pays et séparé de sa famille, ouvrière licenciée en dépression, éternelle stagiaire, surendettée, homosexuel qui se cache… Bref, exclus à titre divers, dépourvus de reconnaissance sociale.
Périodiquement, la sociologie vient ainsi donner un coup de projecteur, relayé par les médias, sur les différents visages de l’exclusion.
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