Quelques lectures et quelques liens

1 avril 2010

Relu, L’homme sans gravité. Jouir à tout prix, le livre d’entretiens de Charles Melman (avec Jean-Pierre Lebrun). Melman y annonce l’émergence d’un « nouvelle économie psychique » (NEP) dans laquelle le sujet se verrait sommé de se maintenir dans une « course à la jouissance » encouragée par le libéralisme économique. Comment éviter de se noyer dans cette sommation à jouir sans pour autant retomber dans la névrose freudienne ? Telle est la question sur laquelle ouvrent ces entretiens. Lire le reste de cet article »

Le public fantôme - Walter Lippmann (1924)

15 mars 2010

Le public fantômeAprès quelques extraits de The Good Society dans le billet précédent, voici quelques extraits d’un autre ouvrage de Walter Lippmann, publié en 1924. Il s’agit des tous premiers paragraphes du livre.

Le citoyen aujourd’hui se sent comme un spectateur sourd assis au dernier rang : il a beau être conscient qu’il devrait prêter attention aux mystères qui se déroulent là-bas sur la scène, il n’arrive pas à rester éveillé. D’une façon où d’une autre, ce qui se passe le concerne, il le sait bien. Qu’il s’agisse des règles et règlements omniprésents, des impôts à payer chaque année ou des guerres qui surviennent à l’occasion, tout conspire à lui rappeler qu’il est pris de toute part dans le cours des événements. Lire le reste de cet article »

Walter Lippmann - The Good Society (1937)

4 mars 2010

C’est avec un certain enthousiasme que je lis actuellement le livre de Walter Lippmann, The Good Society, publié en 1937. Une traduction française (La cité libre) en avait été publiée dès 1938 par les éditions de Médicis, mais elle est depuis longtemps introuvable, sauf peut-être chez les bouquinistes. C’est la publication de ce livre qui motiva l’organisation du colloque Lippmann, qui, à la fin du mois d’août 1938, réunit à Paris un petit cercle de penseurs libéraux parmi lesquels, outre Walter Lippmann lui-même, on trouvait Raymond Aron, Friedrich von Hayek, Robert Marjolin, Ludwig von Mises, Michaël Polyani (le frère de Karl Polyani, l’auteur de La grande transformation), Wilhelm Röpke, Jacques Rueff, Alfred Schütz (la liste complète des participants figure dans le livre très documenté que Serge Audier a consacré à ce colloque). Lire le reste de cet article »

Contre-révolution libérale ou illibérale ?

13 février 2010

Afin de préciser mes références, je reprends ici un commentaire posté sur le blog de Paul Jorion en réponse à un billet invité intitulé “la fin de la contre-révolution libérale”.

Faut-il parler de contre-révolution « libérale » ? Rien n’est moins sûr. Tout dépend en tous cas de la définition que l’on donne de cet adjectif pour le moins galvaudé. Faut-il rappeler que le mot « liberal » aux USA (cf. The Conscience of a Liberal de Krugman), prononcé par un néo-conservateur justement, devient quasiment synonyme de « gauchiste » chez nous ? Lire le reste de cet article »

Pour une anthropologie du libéralisme (2)

20 mai 2008

Je ne pensais pas y revenir de sitôt, mais un article publié dans le dernier numéro de la revue Inflexions. Questions de défense m’a fait réagir (numéro dans lequel paraît également une réflexion tirée de l’étude que nous avons réalisée avec Armel Huet en 2003-2004).

L’article qui me fait réagir, à propos duquel il est bien précisé qu’il n’engage ni l’Armée de Terre, ni les opinions des membres du comité de rédaction de la revue, examine les « perspectives d’évolution de l’encadrement juridique des activités militaires privées en France ». Cet article critique la loi du 14 avril 2003 relative à la répression de l’activité de mercenaire, une loi qui, selon les auteurs, aurait fait perdre cinq ans à la France. Lire le reste de cet article »

Pour une anthropologie du libéralisme (1). Boudon avec Michéa ?

30 avril 2008

NB. Ce billet se présente comme le premier d’une série. Mais je ne m’engage pas à écrire la série, du moins sur ce blog. Il s’agit surtout d’une invitation à lire les auteurs cités.

Que peut dire un sociologue sur le libéralisme ? Quelle analyse peut-il en faire ?

Raymond Boudon, qui se présente lui-même comme un sociologue libéral, apporte quelques jalons relativement simples mais fort utiles (voir Renouveler la démocratie. Eloge du sens commun).

Il commence par se démarquer des libéraux intégristes :

On notera incidemment que, contrairement à l’opinion des libéraux intégristes, si le marché a incontestablement toutes sortes d’effets bénéfiques, il peut dégager aussi de remarquables effets pervers qui paraissent de surcroît difficiles à contrecarrer.

Cela lui permet de ranger au rang des libéraux jusqu’aux socio-démocrates allemands ayant rompu avec le marxisme depuis le congrès de Bad Godesberg en 1957 : Lire le reste de cet article »

L’avenir radieux

25 avril 2008

avenir_radieux_small.pngJe regardais hier soir l’émission C dans l’air sur France 5 consacrée aux Spéculateurs de la faim. Ce fut pour entendre Philippe Chalmin nous expliquer doctement que la spéculation, « jeu à somme nulle », « huile dans le moteur », « écume sur la vague », ne pouvait être rendue responsable de l’augmentation du prix des céréales, bien au contraire, et que « plus il y a de spéculateurs, plus nous sommes proches de ce que nous les économistes appelons la concurrence parfaite, c’est-à-dire une atomicité parfaite de l’offre et de la demande » (bref, plus on se rapproche de l’idéal). Mon propos n’est pas ici de rendre la spéculation seule responsable de la flambée des prix des denrées alimentaires. Il y a bien évidemment d’autres facteurs. Il ne s’agit pas non plus d’assimiler sans plus d’analyse marchés dérivés et spéculation. Il s’agit seulement de souligner la réponse imparable des doctrinaires du laisser faire confrontés aux effets pervers des marchés. Lire le reste de cet article »

Les deux faces de la mutation contemporaine

8 décembre 2007

janus.gifIl y a quelques années, m’inspirant des analyses de Jean-Baptiste de Foucault et Denis Piveteau dans Une société en quête de sens (voir une présentation ici par Jacques Nimier), je concluais mon bouquin sur le lien social par une réflexion sur les deux faces de la crise contemporaine : crise de l’alliance d’une part et crise de l’emploi de l’autre. Le parallèle entre les deux “crises” Lire le reste de cet article »

Le retour de l’aristocratie ?

17 novembre 2007

Dans le deuxième volume de La démocratie en Amérique, Tocqueville montrait comment “la démocratie favorisait les développements de l’industrie” mais aussi “par quel chemin détourné l’industrie pourrait bien à son tour ramener les hommes vers l’aristocratie” (chapitre XX). Il exprimait dans le même temps une inquiétude : “si jamais l’inégalité permanente des conditions et l’aristocratie pénètrent de nouveau dans le monde, on peut prédire qu’elles y entreront par cette porte”.

J’ai pensé à ce passage hier, en profitant du temps un peu plus long passé dans les transports pour lire Marianne Lire le reste de cet article »


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