La Biogée ou le philosophe ventriloque

8 janvier 2010

Le philosophe Michel Serres s’est fait remarquer avec une tribune début décembre dans Libération, au moment de la conférence de Copenhague, annonçant que la Terre — qu’il veut appeler Biogée, « pour dire en un titre la terre et la vie » — n’était pas invitée à ladite conférence. « Qui va défendre ses intérêts ? », demandait Serres. « Désignera-t-elle des ambassadeurs ? Quelle langue, dans ce cas, parleront-ils ? ». Lire le reste de cet article »

Ça va mal !

25 janvier 2009

Oui, ça va mal dans la recherche et l’université française. Un vent de grève souffle sur l’université. La nomination du directeur de l’institut des Sciences humaines et sociales du CNRS se fait selon une procédure digne des républiques bananières (mettre ce témoignage sur le compte d’un « ego blessé » — ce qui serait fort compréhensible au demeurant dans une telle situation — ne peut suffire). La réforme en cours relève plutôt de recettes vaguement idéologiques qui sévissent aussi dans le travail social comme dans la psychiatrie et, au point d’avoir motivé un appel des appels, dans tous les métiers finalement qui s’appuient ou devraient s’appuyer sur de véritables sciences humaines. Ces recettes idéologiques sont plus ou moins inspirées d’un modèle américain mal compris et de toutes façons très mal en point. Alors que la modulation des services devrait permettre de valoriser l’ensemble des activités d’enseignement, de recherche et de diffusion des connaissances (y compris des prestations diverses et décentralisées auprès de partenaires locaux : collectivités, entreprises, associations ; y compris, pourquoi pas, la diffusion et le partage des connaissances via internet et les blogs), seules les publications académiques, de façon très conservatrice, sont retenues : bien sûr, elles ne sont pas sans intérêt, mais on connaît aussi leurs limites. Oui, ça va vraiment mal.

PS. Billet écrit rapidement à partir des quelques liens dont j’ai connaissance. D’autres références sont bienvenues.

Petite leçon de sociologie des sciences

23 février 2008

Voici déjà bien longtemps que Bruno Latour avait publié, dans les Actes de la recherche en sciences sociales, un article sur la rhétorique de la science.

La leçon de sociologie qui nous y était donnée était aussi une leçon de sociologie pratique. L’article montrait que la rédaction d’un article scientifique est d’emblée un exercice politique construisant par association des rapports de force. Dans Irréductions, Latour ajoutait la proposition suivante :

4.5.2.1 Pour gagner de la force, la règle est assez simple : attaquer à mille contre un (et sur des sujets qui rapportent cent pour un, ajouterait un sociologue vulgaire).

Un illustration empirique en est donnée ici par un collègue psychanalyste (voir la réponse à la question “qu’est-ce qu’une revue qualifiante”).

Les traités de rhétorique pour écrire un article « inattaquable » (nous sommes bien dans la politique) se multiplient. Quand la science explicite ses ethnométhodes ?

Sciences et techniques : favoriser l’innovation ou conforter les monopoles ?

6 février 2008

De passage à Paris, Bill Gates défend son business model dans un entretien accordé à La Tribune (1er février 2008). Il revient notamment sur le système des brevets dont il est un fervent défenseur :

« Le système des brevets remonte aux origines des États-Unis, quand Thomas Jefferson a dit que les inventeurs devaient être reconnus. Cela a été un formidable moteur pour l’innovation, par exemple dans la pharmacie. La révolution des technologies de l’information n’aurait pas eu lieu sans brevets. »

Et de conclure :

« Il suffit de voir quelles ont été les innovations de la médecine russe, sans brevet ! »

En quelques phrases, on passe de la pharmacie aux technologies de l’information et à la médecine, avec la référence inévitable à la Russie (confondue avec l’URSS) dans le rôle du repoussoir1.

Ce faisant, Bill Gates ne défend rien d’autre que ce qu’il faut bien appeler un capitalisme monopolistique d’État. Lire le reste de cet article »

  1. Ajout du 09/02 : la Russie qui sert ici de repoussoir à Gates a décidé d’équiper ses écoles en logiciels libres à la suite de l’affaire Ponosov (voir un exposé détaillé sur le wikipedia russe). []

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