L’étoile de Noël (Рождественская звезда)

C’est le 6 janvier 1947 que Boris Pasternak conçoit le poème, «L’étoile de Noël» (Рождественская звезда), dont il entend d’abord le rythme, avec son alternance de vers courts et longs (voir ce qu’en dit Dmitri Bykov sans sa biographie de Pasternak). Mais Pasternak ne le verra jamais imprimé dans son pays. Le poème est inclus parmi les vingt-cinq attribués par l’auteur au docteur Jivago et paraît hors d’URSS en même temps que le roman, d’abord dans des traductions. La traduction italienne de Pietro Zveteremich pour les éditions Feltrinelli de Milan est donc la première à être publiée en 1957, sous le titre «La stella di Natale». En voici les deux premières strophes: Continuer la lecture

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Pouchkine et Tocqueville

Le premier tome de la revue russe Le Contemporain (Современник), imaginée et créée par Alexandre Sergueïevitch Pouchkine, paraît à Saint-Pétersbourg en avril 1836. On y trouve une chronique de la vie parisienne entre les 10 et 22 février de la même année, rédigée par l’historien et publiciste Alexandre Ivanovitch Tourgueniev. Le 16 février, mardi gras (les dates sont selon toute vraisemblance celles du calendrier grégorien), Tourgueniev passe la soirée à lire le livre d’Alexis de Tocqueville, De la démocratie en Amérique (plus loin « DA 1 »), paru à Paris l’année précédente. Il cite dans sa chronique, en français, deux passages de la fin du livre : Continuer la lecture

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Mensonge ou confabulation ?

Je vois passer beaucoup de commentaires, dans la presse et ailleurs, au sujet des mensonges de Donald Trump. Ça a encore été le cas après son discours devant l’Assemblée générale des Nations-Unies, le 23 septembre. Ainsi, tout ce qu’il a pu dire au sujet du réchauffement climatique ne serait que mensonge. J’ai pris le temps d’écouter l’ensemble de son discours. Je n’y ai entendu aucun mensonge. Car le mensonge suppose un certain rapport à la vérité. Le menteur connaît la vérité, mais il choisit de ne pas la dire, soit par omission de certaines faits, soit par la tenue de propos délibérément falsifiés. Le mensonge implique, autrement dit, une intention de trahir la vérité. Il peut s’accompagner d’une certaine culpabilité ou au minimum d’un inquiétude. Un enfant qui ment, par exemple, va pouvoir éprouver l’inquiétude que son mensonge soit découvert. La vérité, quant à elle, est indissociable d’une certaine forme d’autocensure ou de refoulement. Dire la vérité, c’est s’interdire de dire n’importe quoi. C’est, au besoin, prendre la peine ou le temps de vérifier ce que l’on dit. Cela peut demander du temps, de la patience. Il n’y a pas de vérité sans accès à une capacité éthique ou morale de restriction et de vérification. Continuer la lecture

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Actualité de Richard Hoggart (2)

Cette seconde note sur le livre de Richard Hoggart pourra être vue comme une sorte d’intermède musical.
Dans sa présentation de la traduction française, Jean-Claude Passeron notait, dans une formulation savante que l’on ne trouve pas chez Hoggart, que ce dernier s’efforçait « de trouver dans la structure d’un système d’attitudes les principes qui commandent la transformation de cette structure ». C’était le cas par exemple quand Hoggart observait, selon Passeron, que « l’interprétation des chansons de style rock conformément à l’idiome mélodique du Yorkshire finit par les faire ressembler aux anciennes complaintes locales » (p. 23). Continuer la lecture

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Actualité de Richard Hoggart (1)

Je n’avais pas relu La culture du pauvre. Étude sur le style de vie des classes populaires en Angleterre, le livre de Richard Hoggart, depuis trois bonnes décennies, depuis le siècle dernier donc, avant la généralisation de l’internet, du Web et des réseaux dits sociaux. La traduction française pour les Éditions de Minuit date de 1970. Mais l’édition anglaise (The Uses of Literacy. Aspects of working-class life with special reference to publications entertainments) était antérieure de plus d’une décennie : elle date de 1957. L’auteur a rédigé le livre dans la première moitié des années 1950 à partir d’observations qui s’arrêtent à cette époque mais remontent parfois aux années 1930 voire aux années 1920. C’est le cas des nombreuses observations qui s’appuient sur l’expérience de Hoggart lui-même, né dans un quartier ouvrier de Leeds en 1918. Beaucoup de choses ont changé, bien sûr, depuis le milieu du vingtième siècle. Il y a plus de 30 ans, quand je lisais ce livre pour la première fois, certaines observations pouvaient déjà me paraître datées. Mais relire Hoggart aujourd’hui, c’est presque à chaque page se demander en quoi le style de vie des classes populaires d’aujourd’hui se distingue de celui des classes populaires décrites par Hoggart. C’est se demander autrement dit ce qui demeure de ses observations et de ses analyses. La conclusion que je crois pouvoir tirer de cette relecture, c’est que, si les contenus ont changé, le style de vie et le rapport à ces contenus reste globalement le même. Mieux, certaines des analyses de Hoggart pourraient s’appliquer presque mot pour mot aux usages actuels. Continuer la lecture

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