Ecologie et utopies

« Le para­noïaque rebâtit l’u­nivers, non pas à la vérité plus splen­dide, mais du moins tel qu’il puisse de nou­veau y vivre. Il le rebâtit au moyen de son tra­vail déli­rant. Ce que nous prenons pour une pro­duc­tion mor­bide, la for­ma­tion du délire, est en réal­ité une ten­ta­tive de guéri­son, une recon­struc­tion. » (Freud, « Remar­ques psy­ch­an­a­ly­tiques sur l’au­to­bi­ogra­phie d’un cas de para­noïa (Le Prési­dent Schre­ber) » in Cinq psy­ch­analy­ses, PUF).

Cette cita­tion de Freud m’a tou­jours fait réfléchir au lien entre délire et utopie. On sait que le terme utopie a été inven­té par Thomas More dans son œuvre Utopia (1516). Ce terme a fini par pren­dre un sens très large d’idée ou de pro­jet irréal­is­able ou chimérique. Mais il est bien plus intéres­sant dans sa déf­i­ni­tion plus lim­itée de pro­jet de cité idéale et sans défaut. En ce sens, si Thomas More fut le pre­mier à par­ler d’u­topie, il s’in­scrivait dans une longue tra­di­tion qui remonte, en Occi­dent, à la République de Pla­ton et qui s’est pour­suiv­ie après More.

Le courant de pen­sée social­iste au XIXe siè­cle a pro­duit de nom­breuses utopies. On pense bien sûr au Nou­veau monde amoureux (1816) de Charles Fouri­er et à son pha­lanstère qui reçut un début de réal­i­sa­tion avec le familistère de Guise (Aisne) de Jean-Bap­tiste Godin. Mais on pour­rait aus­si ranger au rang des utopies social­istes le com­mu­nisme de Marx, même si ce dernier n’a pas poussé très loin la descrip­tion de ce que serait la cité idéale com­mu­niste.

Au XXe siè­cle, ces utopies social­istes ont été dou­blées par des utopies écol­o­gistes (voir le film La belle verte de Col­ine Ser­reau qui reprend bien des clichés éco­los des années 1970 déjà analysés par Hen­ri Men­dras dans son Voy­age au pays de l’u­topie rus­tique et dont Quit­terie Del­mas nous offrait quelques extraits sur son blog pour Noël), mais aus­si par­fois par des con­tre-utopies, décrivant une société de cauchemar (je pense au film Soleil vert de Richard Fleis­ch­er, sor­ti en 1973).

Utopie et délire ont en com­mun de recon­stru­ire l’u­nivers. Cela ne veut pas dire, bien sûr, que toutes les utopies relèvent du délire, au sens psy­chopathologique du terme. Il ne saurait y avoir de pro­jet poli­tique sans une part d’u­topie, sans une capac­ité à imag­in­er une société meilleure sinon idéale. Mais la lim­ite entre utopie et délire n’est pas tou­jours nette. L’u­topie com­mu­niste de Marx n’avait rien de déli­rant. Sa ten­ta­tive de réal­i­sa­tion par Staline ou Pol Pot était, par con­tre, bel et bien déli­rante. Mein Kampf de son côté peut être con­sid­éré comme un doc­u­ment clin­ique qui relève plus du délire que de l’u­topie stric­to sen­su. Mais Hitler réus­sira à entraîn­er des mil­lions d’Alle­mands dans son délire pour ten­ter de con­stru­ire l’u­topie nazie d’un Reich de Mille ans. Le lien entre utopie, délire et total­i­tarisme mérite bien que l’on y réfléchisse encore et encore.

L’une des ques­tions est-celle de la lim­ite, du point de rup­ture ? Jusqu’à quand un délire peut-il pass­er pour une sim­ple utopie sur laque­lle on acceptera de s’en­gager ? A quel moment se fait la rup­ture (le délire appa­raît comme tel : on ne suit plus) ? L’ex­péri­ence his­torique mon­tre qu’il n’y a pas de réponse uni­voque à ces ques­tions.

Une autre ques­tion est celle des gen­res d’u­topie (et de délire). Peut-on en faire une typolo­gie, opér­er une clas­si­fi­ca­tion ? J’ai entre­pris d’y répon­dre à par­tir des utopies écol­o­gistes. Ma réflex­ion sur ce point est encore embry­on­naire, mais en voici quelques élé­ments :

Cer­taines utopies ten­dent à une forme de « natur­isme ». Il s’a­gi­rait de laiss­er faire la nature : dis­tinc­tions et fron­tières sociales sont abolies au prof­it d’une com­mu­nion des corps. Je crois pou­voir trou­ver une pas­sage à la lim­ite de cette ten­dance dans le pro­jet Fuck For For­est (atten­tion: con­tenu explicite, 18 ans et +). Le site éco­lo-pornographique (eco-porn) Fuck for For­est a été créé par deux jeunes Norvégiens, Leona et Tom­my, qui souhaitaient faire quelque chose pour pro­téger la forêt, mais qui, comme ils le dis­ent eux-mêmes, n’avaient guère de com­pé­tence par­ti­c­ulière. Ils se sont alors don­né pour tâche de libér­er la nature et la sex­u­al­ité. Le site est décrit comme « ani­mé par des per­son­nes sex­uelle­ment libérées, qui jouent de leur sex­u­al­ité pour attir­er l’at­ten­tion sur les men­aces qui pèsent sur la nature afin de récolter des fonds pour la défendre ». Il s’ag­it plus pré­cisé­ment de « recy­cler la pornogra­phie » (recy­cling porn). Les fon­da­teurs se met­tent en scène eux-mêmes ou font appel à des volon­taires pour des pho­tos et des vidéos franche­ment pornographiques, dans des décors le plus sou­vent « naturels » et avec un esthétisme qui rap­pelle le mou­ve­ment hip­pie. Les revenus du site (dont l’ac­cès est payant) sont ver­sés à des asso­ci­a­tions de pro­tec­tion de la forêt vierge (non sans mal d’ailleurs : ain­si WWF a refusé !). Un hap­pen­ing en juil­let 2005 a con­tribué à leur répu­ta­tion : Leona et Tom­my eurent un rap­port sex­uel sur scène, face au pub­lic, lors du fes­ti­val rock de Kris­tiansand (ce qui leur a voulu un procès). L’u­topie ici peut sem­bler bien naïve voire can­dide. On n’en est pas moins dans une sorte de pas­sage à la lim­ite d’une ten­dance « natur­iste » bien présente dans cer­tains courants de l’é­col­o­gisme (ajout du 18/04/08 : voir aus­si ici).

Une autre ten­dance, plus intel­lectuelle, tend au con­traire à cul­tiv­er l’en­tre-soi. Je crois pou­voir en trou­ver une illus­tra­tion dans l’é­co-fémin­isme de Françoise d’Eaubonne. Voici une cita­tion car­ac­téris­tique :

« A l’o­rig­ine, l’a­gri­cul­ture était l’af­faire des femmes. Il ne s’agis­sait pas d’un matri­ar­cat, sorte de patri­ar­cat ren­ver­sé. Cela n’a jamais existé. Les femmes jouis­saient d’un pres­tige cer­tain, lié à leur impor­tance dans la société, mais qui n’é­tait pas lié à une hiérar­chie.
La femme, mère et agricul­trice, tra­vail­lait au sein de petites com­mu­nautés famil­iales, dans une économie de type com­mu­niste prim­i­tif. Il s’agis­sait d’une agri­cul­ture à la houe, sèche, sans irri­ga­tion, néces­si­tant des déplace­ments fréquents le long des grandes voies de migra­tion pré-romaines.
Le grand ren­verse­ment s’est opéré avec la décou­verte de la char­rue et de l’ir­ri­ga­tion. L’a­gri­cul­ture est dev­enue séden­taire, avec appro­pri­a­tion du sol qu’il fal­lait défendre face aux tiers…
Dès le début du pas­toral­isme, les hommes ont observé les ani­maux qu’ils domes­ti­quaient et c’est ain­si qu’ils ont décou­vert la pater­nité.
C’est ain­si que les hommes se sont appro­priés les des deux ressources qui apparte­naient aux femmes : l’a­gri­cul­ture et la fécon­dité.
Tous les prob­lèmes actuels, qu’ils s’agisse de l’épuise­ment des ressources ou de l’ex­plo­sion démo­graphique, en découlent…
Nous vivons dans un para­doxe mor­tel : une pop­u­la­tion crois­sante doit vivre de ressources qui vont en dimin­u­ant. Ceci est la con­séquence directe des deux révo­lu­tions fon­da­tri­ces du patri­ar­cat…
Les femmes doivent impéra­tive­ment repren­dre en mains la pro­priété de leurs corps qui leur a été volée par le patri­ar­cat. Il est par ailleurs urgent de reli­er la lutte pour les droits des femmes à celle pour la défense de la nature, vio­lée par le patri­ar­cat. » Ecolo­gie et fémin­isme : révo­lu­tion ou muta­tion (1978) — souligné par moi

Il s’ag­it, ici, de soulign­er une ten­dance à l’ex­clu­sion (celle des hommes en l’oc­cur­rence) : « C’est ain­si que les hommes se sont appro­priés les deux ressources qui apparte­naient aux femmes : l’a­gri­cul­ture et la fécon­dité. Tous les prob­lèmes actuels, qu’ils s’agisse de l’épuise­ment des ressources ou de l’ex­plo­sion démo­graphique, en découlent…» Dans Femmes avant le patri­ar­cat (1976), on voit bien com­ment l’au­teur est fascinée par l’a­ma­zonat et le culte d’Artémis. Dans Le fémin­isme ou la mort (1974), soulig­nant la con­ver­gence entre com­bat fémin­iste et com­bat écol­o­giste, elle écrivait que « seule une société au féminin, qui serait le non-pou­voir, pour­rait accom­plir cette muta­tion, car aucune autre caté­gorie humaine n’y est aus­si directe­ment intéressée à tous les niveaux et que le féminin est le seul des deux sex­es en voie de pou­voir demain accepter, refuser, ralen­tir ou accélér­er la repro­duc­tion de l’e­spèce ». L’œu­vre de Françoise d’Eaubonne définit bien une utopie au sens de Thomas More : une cité idéale et sans défaut. Mais l’idéal ici est celui d’une cité de femmes dont les hommes seraient exclus…

Bien qu’elles témoignent d’un cer­tain pas­sage à la lim­ite, les deux utopies précé­dentes ne me sem­ble pas pou­voir être qual­i­fiées néces­saire­ment de délire. Il en va dif­férem­ment des deux suiv­antes. Unabomber est le nom don­né par le FBI a celui qui se révéla être Théodore John Kaczyn­s­ki, bril­lant math­é­mati­cien recruté en 1967 par l’u­ni­ver­sité de Berke­ley dont il démis­sionne en 1969. De 1978 à 1995, Unabomber va défi­er le FBI en envoy­ant plusieurs col­is piégés à des sci­en­tifiques ou à des com­pag­nies aéri­ennes, faisant 3 morts et 29 blessés au total. En 1995, il exige que son man­i­feste de 35 000 mots, Indus­tri­al soci­ety and his future (con­nu sous le nom de Man­i­feste d’Un­abomber), soit pub­lié inté­grale­ment par un jour­nal impor­tant des USA. Il cessera alors sa cam­pagne d’at­ten­tats. En sep­tem­bre 1995, le New York Times et le Wash­ing­ton Post finis­sent par céder à sa demande. C’est d’ailleurs ce qui per­me­t­tra à son frère de l’i­den­ti­fi­er. Le FBI pour­ra alors l’ar­rêter dans la cabane du Mon­tana où il vivait depuis des années.
Si je range Unabomber par­mi mes « utopistes » écol­o­gistes, c’est en rai­son de la cri­tique rad­i­cale de la société indus­trielle et tech­nologique que con­tient son Man­i­feste. Ce dernier com­mence ain­si :

The Indus­tri­al Rev­o­lu­tion and its con­se­quences have been a dis­as­ter for the human race. They have great­ly increased the life-expectan­cy of those of us who live in “advanced” coun­tries, but they have desta­bi­lized soci­ety, have made life unful­fill­ing, have sub­ject­ed human beings to indig­ni­ties, have led to wide­spread psy­cho­log­i­cal suf­fer­ing (in the Third World to phys­i­cal suf­fer­ing as well) and have inflict­ed severe dam­age on the nat­ur­al world. The con­tin­ued devel­op­ment of tech­nol­o­gy will wors­en the sit­u­a­tion. It will cer­tain­ly sub­ject human beings to greater indig­ni­ties and inflict greater dam­age on the nat­ur­al world, it will prob­a­bly lead to greater social dis­rup­tion and psy­cho­log­i­cal suf­fer­ing, and it may lead to increased phys­i­cal suffering—even in “advanced” coun­tries.

Cette cri­tique de la société indus­trielle ou tech­nologique par Unabomber est assez banale. C’est une ver­sion appau­vrie et vul­gar­isée des cri­tiques que l’on pou­vait trou­ver chez Hei­deg­ger, Her­bert Mar­cuse ou Jacques Ellul. La thèse d’Hei­deg­ger est con­nue : l’Être, comme le dit Bruno Latour, n’ex­is­terait plus que dans les chemins qui ne mènent nulle part de la Forêt-Noire. Partout ailleurs, c’est le désert. La société mod­erne, dom­inée par la sci­ence et la tech­nique, aurait con­duit à un Arraison­nement de l’Être (Ge-Stell). Mais qui oublie l’Être, demande Latour ? Le sci­en­tifique, l’ingénieur, ou celui qui croit pour de bon que l’Être a été oublié pour de bon ? Comme l’écrivait Lévi-Strauss dans Race et His­toire, « le bar­bare c’est d’abord celui qui croit à la bar­barie » (cf. Bruno Latour, Nous n’avons jamais été mod­ernes, 1991, p. 89). On ne saurait mieux car­ac­téris­er Unabomber. Son man­i­feste reprend des thès­es assez banales dans toutes sortes de courants de l’é­col­o­gisme et de l’ex­trême-gauche. Ce n’est pas en cela qu’il m’in­téresse. S’il m’in­téresse, c’est parce que lui aus­si passe à la lim­ite. Son délire cristallisé sur la ques­tion de la sci­ence et de la tech­nolo­gie le con­duit au meurtre. Mais comme dans le cas de Mein Kampf, la ques­tion de la lim­ite entre le délire et l’u­topie trou­ve ici toute son impor­tance : le man­i­feste d’Un­abomber ne manque pas de lecteurs qui y trou­vent une source d’in­spi­ra­tion poli­tique.

Mon dernier cas est celui du fon­da­teur de l’in­stinc­tothérapie : Guy Claude Burg­er. D’o­rig­ine Suisse, Burg­er s’in­spire des écrits du doc­teur Kous­mine, qui affir­mait dès les années 1930, que le régime ali­men­taire des sociétés occi­den­tales était mau­vais et respon­s­able d’un accroisse­ment du taux de cer­taines mal­adies dont le can­cer. Le doc­teur Kous­mine prô­nait le retour à un régime sain, insis­tant notam­ment sur le car­ac­tère béné­fique des huiles de pre­mière pres­sion à froid. Burg­er va rad­i­calis­er les idées de Kous­mine en prô­nant un régime exclu­sive­ment crudi­vore. L’in­stinct seul doit com­man­der : il est con­seil­lé de reni­fler les ali­ments avant de les manger. Si l’odeur vous fait saliv­er, c’est que votre organ­isme a recon­nu le bon ali­ment. Vers la fin des années 1980, Burg­er est devenu très pop­u­laire. Ses livres se vendent bien et il est régulière­ment invité sur les plateaux de télévi­sion (ici c’est sur France 2 en 1985). Mais il pré­tend guérir le sida avec plus de suc­cès que la médecine offi­cielle, ce qui lui vaut quelques démêlés avec le Con­seil de l’Or­dre. Qu’im­porte. Il reçoit un pub­lic con­quis au château de Mon­tramé près de Provins dans la Brie pour des stages d’in­stinc­tothérapie. Les affaires vont bien lui et pour sa société Orkos qui vend dans toute l’Eu­rope des pro­duits aus­si crus qu’onéreux. Jusqu’à ce jour de 1997. Nous sommes un jeu­di. Il est 23 heures. L’an­cien min­istre Alain Peyr­e­fitte qui vient de démis­sion­ner de la mairie de Provins s’ap­prête à quit­ter une réu­nion du RPR local quand il est inter­pel­lé : « pourquoi vous ne vous occu­pez pas de la secte de pédophiles du château de Mon­tramé ? » On décou­vre alors que les sta­giaires du château ne font pas que manger cru. Burg­er est aus­si le théoricien d’un « Œdipe non refoulé ». Il pré­conise les rela­tions sex­uelles avec les enfants. Au château des adultes for­ment des sortes de cou­ples avec des enfants même très jeunes. Tout le monde couche avec tout le monde et déam­bule à moitié nu. En matière de sex­u­al­ité comme d’al­i­men­ta­tion, l’in­stinct doit être seul maître. Les plaintes se suc­cè­dent alors. Après une pre­mière con­damna­tion en 2001, Guy Claude Burg­er sera con­damné en appel en juin 2003 à 15 ans de réclu­sion crim­inelle. L’ex­pert psy­chi­a­tre a par­lé à son sujet d’une per­son­nal­ité s’in­scrivant dans un tableau de « per­ver­sion con­sti­tu­tion­nelle sadique ». Pourquoi ai-je retenu ce dernier cas ? Parce qu’i­ci encore utopie et délire se rejoignent. La cité va mal, son ali­men­ta­tion est viciée. Voilà une thèse banale (à ce niveau de général­ité en tous cas) dans cer­tains courants de la nébuleuse écol­o­giste. Les foires bio sont rem­plies de stands où l’on pré­conise dif­férents régimes ali­men­taires cen­sés nous préserv­er des maux aux­quels nous expose la nour­ri­t­ure agro-indus­trielle (la thèse de la mal­bouffe chère à José Bové !). Mais Guy Claude Burg­er pousse la thèse et les com­porte­ments asso­ciés à leurs lim­ite. Il con­tin­ue d’ailleurs à avoir quelques dis­ci­ples (qui dis­so­cient désor­mais sa pédophilie et son régime).

Le lecteur fam­i­li­er avec la théorie de la médi­a­tion aura sans doute recon­nu un cer­tain ordre dans ma typolo­gie, que peut résumer le tableau suiv­ant :

Insti­tu­ant (alliance, rap­port à l’autre) Insti­tué (pou­voir, rap­port à autrui)
Autol­yse D’Eaubonne Unabomber
Fusion Fuck for For­est Guy Claude Burg­er

Pour­tant, il ne s’ag­it en aucun cas de ramen­er cha­cune de ces « utopies » à des patholo­gies. Si les cas d’Un­abomber 1 et de Guy Claude Burg­er relèvent très cer­taine­ment de la psy­chopatholo­gie, on s’ab­stien­dra d’en dire autant des deux autres cas. D’au­tant qu’il ne s’ag­it pas ici de pos­er des diag­nos­tic mais de s’aider de la dis­tinc­tion des « faces » et des « axes » pour ten­ter de repér­er des ten­dances par­mi les utopies, avec pos­si­bil­ité de « pas­sages à la lim­ite ». Il ne s’ag­it pas, de sur­croît, de faire entr­er de toute force les cas ou sit­u­a­tions dans des cas­es, mais de les utilis­er au con­traire pour inter­roger les cas­es.

  1. J’ai d’ailleurs un doute au sujet d’Un­abomber : schiz­o­phrène ou para­noïaque ?
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8 réponses à Ecologie et utopies

  1. le passant dit :

    C’est mar­rant parce que tu hésites entre autol­yse et fusion dans le cas d’u­nanomber et pas dans le cas D’Eaubonne. Or s’il s’ag­it là de rap­porter l’e­spèce au seul genre féminin, on est bien dans un proces­sus poli­tique (anal­lac­tique certes mais poli­tique quand même). Il s’ag­it de con­stituer de la société idéale, sans diver­gence. Il me sem­ble que ce pro­jet est plutôt fusion­nel. Je ne pense pas qu’il puisse par déf­i­ni­tion y avoir d’u­topie poli­tique “autoly­tique” puisque l’au­tol­yse nie le poli­tique.

  2. Jean-Michel dit :

    Hum, pas sûr juste­ment. Un schizo ne devient pas un “pur esprit”. Pour Kaczyn­s­ki, ce qui est intéres­sant c’est que l’on dis­pose du rap­port de l’ex­pert psy­chi­a­tre qui par­le de “schiz­o­phrénie para­noïde”.
    Cf. http://www.courttv.com/trials/unabomber/documents/psychological.html

  3. le passant dit :

    Je par­lais là d’Eaubonne et pas d’U­nanomber. L’u­topie de l’en­tre-soi est une poli­tique, comme l’u­topie de l’eth­nique­ment pur. On reste dans la per­spec­tive du col­lec­tif advenu et on est donc plus à mon avis dans le fusion­nel que dans l’autolytique.…si cette dis­tinc­tion a un sens, car après tout l’hy­pothèse qu’il y ait des patholo­gies de l’in­stance (des blocages) n’est qu’une hypothèse. Je me rap­pelle que Jean-Yves Urien emet­tait des doutes sur la pos­si­bil­ité d’ex­is­tence même de la schizophasie. Et par exem­ple, il est par­fois dif­fi­cile de dif­férenci­er le névrosé et le psy­chopathe.

  4. Eugène dit :

    Heureuse­ment qu’il y a aus­si l’en­vers du decor avec des approches spir­ituelles de l’é­colo­gie, mais ds lesquelles le risque d’au­tol­yse n’est pas exclu non plus.

    Leona et Tom­my ne sont- ils pas ouverte­ment exhi­bi­tion­nistes? …et lib­ertins

  5. Eugène dit :

    @ le pas­sant,

    je suis d’ac­cord avec toi sur la dif­fi­culté de dif­férenci­er névrosés et psy­chopathes, tant qu’on a pas les bons élé­ments pour y procéder.Sur quelques cas de névrosés que j’ai repérés et non suiv­is par quelque psy que ce soit, il y a franche­ment de quoi s’in­quiéter par leur façon, en pub­lic, de com­penser leur trou­ble!

  6. Eugène dit :

    @ Jean Michel,

    Un diag­nos­tic de “schiz­o­phrénie para­noïde” me laisse rêveur devant le tal­ent des psy améri­cains.…

  7. Jean-Michel dit :

    Exi­hi­bi­tion­nistes au sens courant c’est sûr. Main­tenant l’ex­hi­bi­tion­nisme per­vers sup­pose un scé­nario d’ef­frac­tion (jusqu’à ce que la vic­time réagisse: le per­vers guette la réac­tion de la vic­time). Ce qui ne sem­ble pas le cas ici. C’est pour ça que je par­lais d’une cer­taine can­deur.
    Sur le fait qu’on est dans des poli­tiques, oui bien sûr. L’u­topie pos­i­tiviste d’Au­guste Comte se voulait aus­si poli­tique mais on peut faire l’hy­pothèse d’un Comte schiz­o­phrène (il fau­dra d’ailleurs un jour écrire un papi­er sur “les orig­ines psy­cho­tiques de la soci­olo­gie” — chez Rousseau, Comte).
    Quant à la schiz­o­phrénie para­noïde, elle est définie par les psy­chi­a­tres comme la forme la plus fréquente de schiz­o­phrénie et cor­re­spond à un des types du DSM IV. Le délire para­noïde est bien dis­tin­gué par les psy­chi­a­tres du délire para­noïaque et on peut quand même leur faire con­fi­ance sur ce point.

  8. Eugène dit :

    Sur le cou­ple exhi­bi­tion­niste, n’ou­blie pas qd même leur presta­tion.… en con­cert pub­lic, et qui a cer­taine­ment fait réa­gir le pub­lic!

    Per­son­nelle­ment, je vois plus les prob­lèmes écologiques, et/ou de l’é­colo­gie poli­tique comme rel­e­vant de ce que Gag­ne­pain avait appelé hégé­tique…

    Ds l’im­mé­di­at, par leurs cod­i­fi­ca­tions très approx­i­ma­tives, les poli­tiques arbi­trent des his­toires écon­o­mis­tiques; pen­dant que les croy­ants, les reli­gions, les théolo­giens décou­plent la réciproc­ité formelle cor­rec­tion-pro­ba­tion (avec les con­cepts ici d’ H Guyard ds “Ques­tions d’éthique” — Téralogique N°9), que je te laisse retraduire avec ceux de DVD T2 très explicites qt à ce que j’évoque). C’est comme si on avait abo­li­tion de l’in­stance éthique ds le 1er cas, et autol­yse sur l’une ou l’autre face ds le 2nd.

    Bon, Con­fu­cius dirait qu’il faut trou­ver le ‘dao’, le juste milieu…

    Un des effets serait de sor­tir de l’in­tox­i­ca­tion par le risque CONNU/INCONNU — donc pris comme un fait indu­bitable — qui découpe la “réal­ité” en principes de préven­tion et de pré­cau­tion (voire du pol­lueur-payeur) puis tout le fatras de la théorie des jeux, alors que même devant un risque con­nu, et faute de mod­èles opéra­toires, les pou­voirs publics ne savent tjs pas, juste­ment, con­stru­ire de stratégie per­ti­nente pour ‘ser­rer’ le com­porte­ment admis­si­ble, ortho…, droit, autrement que par une ‘morale’ répressive.…alors que si on par­ve­nait à voir jouer l’in­stance éthique formelle (ds sa réciproc­ité, comme tax­i­nomique­ment et généra­tive­ment) nous seri­ons ds le “li” con­fucéen (sens du rit­uel)… une morale sans oblig­a­tion ni sanc­tion.…

    Ce serait plus clair si je pou­vais illus­tr­er çà de l’ex­em­ple auquel je pense, ce qui déplac­erait le pb de tes qua­tre cas +ou- per­vers (ci-dessus) au niveau de ce que serait leur réac­tion (soci­ologique) devant du Code où le proces­sus de légiti­ma­tion nous devient à peu près trans­par­ent. Bref, mais on serait encore, analogique­ment, et faute de pou­voir mul­ti­pli­er les mis­es en sit­u­a­tion, devant de l’il­lis­i­ble sur une feuille de papi­er: “aphasique ou ate­ch­nique? ; donc ici un trou­ble, soci­ologique et/ou axi­ologique.

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