À propos de « L’essence du politique » (2)

Julien Fre­und fait bien enten­du référence à Max Weber et à sa célèbre déf­i­ni­tion de l’État mod­erne comme « groupe­ment de dom­i­na­tion de car­ac­tère insti­tu­tion­nel qui a cher­ché (avec suc­cès) à monop­o­lis­er, dans les lim­ites d’un ter­ri­toire, la vio­lence physique légitime comme moyen de dom­i­na­tion et qui, dans ce but, a réu­ni dans les mains des dirigeants les moyens matériels de ges­tion » (Weber, 1959, p. 108). Il pro­pose de dis­tinguer les con­cepts de puis­sance, de force, de vio­lence. Mais le lecteur reste insat­is­fait. Gagne-t-on, par exem­ple, à englober comme Fre­und, dans la déf­i­ni­tion de la force, les dif­férents effets de sens pos­si­bles du mot, y com­pris donc la « force » d’une démon­stra­tion math­é­ma­tique ?

Il vaut le coup, donc, de revenir sur ces dif­férents con­cepts, moins pour réfuter l’argumentation de Fre­und, que pour la pré­cis­er. Nous pro­posons de réserv­er le con­cept de force à la force physique, démul­ti­pliée éventuelle­ment ou sec­ondée par dif­férents arti­fices tech­niques. Pour être plus encore pré­cis, il serait d’ailleurs pos­si­ble de retenir la dis­tinc­tion que fai­sait Aris­tote entre la force comme puis­sance (δύναμις) et la force en action (ἐνέργεια) 1 , en par­lant de puis­sance dans le pre­mier cas et de force dans le sec­ond. La puis­sance appa­raît ain­si comme une force poten­tielle, qui n’a pas tou­jours besoin de s’exercer pour pro­duire un effet (la puis­sance seule peut- être dis­sua­sive sans avoir besoin de s’appliquer comme force, ain­si dans le cas de la dis­sua­sion nucléaire). Il faut remar­quer par ailleurs que la puis­sance et la force ain­si enten­dues ne sont pas spé­ci­fiques à l’homme. C’est d’ailleurs l’un des avan­tages de notre déf­i­ni­tion de per­me­t­tre une exten­sion de ces notions de puis­sance et de force au monde ani­mal. Chaque espèce ani­male se car­ac­térise en effet par une cer­taine puis­sance ou force physique, celle de l’ours adulte étant supérieure par exem­ple à celle de l’homme adulte. Mais la puis­sance dont dis­pose tel ou tel indi­vidu d’une espèce ne se lim­ite pas à sa force mus­cu­laire. Une faible force mus­cu­laire peut-être com­pen­sée par la vitesse, par l’agilité, par l’usage d’un poi­son (venin)…

Dans le cas de l’espèce humaine, c’est l’outillage tech­nique qui vient com­penser une faib­lesse rel­a­tive et démul­ti­pli­er la puis­sance : depuis le javelot, l’arc, les flèch­es, les sagaies, etc., jusqu’aux mis­siles por­teurs de charges ther­monu­cléaires, en pas­sant par les dif­férentes armes à feu, la fab­ri­ca­tion de poi­sons, les pièges, etc. Nous arrivons ain­si à une déf­i­ni­tion de la puis­sance et de la force qui relève d’un domaine physi­co-tech­nique, soit du domaine ergologique au sens de la théorie de la médi­a­tion. D’un point de vue clin­ique, puis­sance et force seront affaib­lies par toutes les atteintes qui réduisent aus­si bien la mobil­ité (lésions des mem­bres, paralysies, etc.) que la capac­ité tech­nique (ate­ch­nies) ou les organes de défense ou d’attaque dans le cas des autres espèces ani­males (glan­des à venin, etc.). Une telle déf­i­ni­tion reste en accord avec les dis­tinc­tions que fai­sait Julien Fre­und. C’est lui en effet qui liait déjà le con­cept de puis­sance au grec δύναμις en pro­posant de réfléchir à la dis­tinc­tion aris­totéli­ci­enne entre puis­sance et acte :

« Il sem­ble que la puis­sance appar­ti­enne à l’ordre de la vir­tu­al­ité plutôt qu’à celle de l’actualité. Être puis­sant, c’est avoir le pou­voir de, être capa­ble de faire une chose » (Fre­und, 2004, p. 135).

Mais Fre­und ne dis­tin­guait pas suff­isam­ment à notre sens les dif­férents sens du pou­voir et de la capac­ité de faire quelque chose, y inclu­ant aus­si bien la capac­ité physique et tech­nique que la capac­ité légale ou encore la capac­ité morale, celle qui résulte de l’audace (comme lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il n’est pas capa­ble au sens où il n’osera pas). Cette dimen­sion morale a bien sûr son impor­tance (elle joue un rôle dans la dis­sua­sion par exem­ple : vont-ils oser ?), mais il importe de la dis­tinguer pour l’analyse.

Voilà pour la force et la puis­sance. Que faire main­tenant de la vio­lence ? Cette notion de vio­lence sem­ble ajouter une car­ac­téris­tique sup­plé­men­taire qui est celle d’une non-maîtrise, d’une démesure ou encore d’une malmesure de la force. Il y a de l’ὕβρις dans la vio­lence, alors qu’il n’y en a pas néces­saire­ment dans la puis­sance et la force en tant qu’elles relèvent seule­ment d’une capac­ité physique (anato­mo-phys­i­ologique) ou tech­nique. Ce car­ac­tère exces­sif de la vio­lence est bien présent dans la déf­i­ni­tion qu’en donne Julien Fre­und, qui la dis­tingue comme nous de la force et de la puis­sance. La vio­lence, dit-il,

« est puis­sance cor­rompue ou déchaînée ou par­fois poussée volon­taire­ment à l’outrance. Non que la force serait inno­cente, puisqu’il n’y a pas de puis­sance sans forces 2 , mais elle se laisse régle­menter et dis­ci­plin­er par des formes, c’est-à-dire elle s’exerce en général dans le respect des règles et des con­ven­tions de la légal­ité. La vio­lence par con­tre, instinc­tive et pas­sion­nelle par nature, épou­vante, mas­sacre, égorge, sup­pli­cie et boule­verse tout dans la con­fu­sion. Une armée dis­ci­plinée est l’image typ­ique de la force, une masse soulevée et tumultueuse est celle de la vio­lence » (Fre­und, 2004, p. 514).

Com­ment expli­quer ce déchaîne­ment, cette out­rance qui car­ac­térisent la vio­lence ? Les con­sid­éra­tions physiques ou tech­niques ici ne suff­isent plus. La vio­lence, après tout, utilise les mêmes moyens que la force : saisies, coups de poings, coups de pieds, armes ou objets divers… La clin­ique psy­chi­a­trique nous per­met de pour­suiv­re le tra­vail de dis­tinc­tion con­ceptuelle ini­tié par Julien Fre­und en con­frontant l’observateur à deux types d’outrance ou de malmesure en matière de vio­lence : la malmesure qui pour­ra être observée dans la clin­ique des psy­choses et celle qui pour­ra être observée dans la clin­ique des psy­chopathies.

Il est bien con­nu que le psy­cho­tique peut devenir vio­lent et que cette vio­lence peut aller jusqu’au meurtre. Dans le cas de la para­noïa, le meurtre vient clore « une mon­tée inex­orable d’une ingérence dont il faut se défendre » (Guyard, 2006, p. 601). Le para­noïaque meur­tri­er tue pour se débar­rass­er de son per­sé­cu­teur. Le meurtre lui appa­raît comme la seule issue dans une rela­tion duelle et antag­o­niste : ou c’est lui, ou c’est moi. A un cer­tain stade du délire de per­sé­cu­tion, le pas­sage à l’acte meur­tri­er appa­raît ain­si large­ment prévis­i­ble (sinon fatal) de même que l’identité de la vic­time. Ain­si, dans le cas d’Aimée, la patiente étudiée dans la thèse de Jacques Lacan, la ten­ta­tive de meurtre con­tre Mme Z., une des actri­ces de théâtre les plus appré­ciées du pub­lic parisien de l’époque, avait été précédée d’une élab­o­ra­tion déli­rante dans laque­lle Mme Z. tenait le rôle de la per­sécutrice (Lacan, 1932). En oppo­si­tion à ce meurtre prévis­i­ble du para­noïaque, de nom­breux auteurs ont par­lé de meurtre « immo­tivé » pour qual­i­fi­er l’homicide per­pétré par le schiz­o­phrène. Dans le cas de la schiz­o­phrénie, en effet, le pas­sage à l’acte meur­tri­er sem­ble inter­venir sans moti­va­tion appar­ente. Alors que le délire para­noïaque désigne par avance la vic­time sous la forme du per­sé­cu­teur ou de la per­sécutrice, le scé­nario du meurtre schiz­o­phrénique appa­raît au pre­mier abord incom­préhen­si­ble : « les motifs con­flictuels sem­blent assez minces » (Guyard, 2006, p. 601) et la vic­time n’apparaît pas désignée par avance, aus­si claire­ment en tous cas que dans le cas de la para­noïa. L’homicide schiz­o­phrénique n’est reste pas moins intel­li­gi­ble :

« Que le meurtre se mue en sui­cide, qu’il s’exerce sur un proche, le schiz­o­phrène le con­stru­it comme un acte inex­plic­a­ble, étranger, arbi­traire ou encore immo­tivé, dif­fi­cile­ment com­préhen­si­ble parce qu’il s’inscrit dans un délire intérieur dont la vio­lence sem­ble aus­si sin­gulière que mon­strueuse, mais dont l’issue – c’est là le point essen­tiel – con­siste tou­jours à rétablir une indépen­dance mise à mal » (Guyard, 2006, p. 601).

La vio­lence para­noïaque et la vio­lence schiz­o­phrénique appa­rais­sent ain­si, à bien des égards, comme opposées l’une à l’autre. Pour­tant, toutes les deux survi­en­nent dans des sit­u­a­tions de con­flit, pour met­tre fin pré­cisé­ment à cette con­flict­ual­ité : par la sup­pres­sion de l’antagoniste ou du dou­ble per­sé­cu­teur dans la para­noïa, par le rétab­lisse­ment d’une indépen­dance com­pro­mise dans le cas de la schiz­o­phrénie. Toutes les deux nous con­fron­tent à la ques­tion – éminem­ment poli­tique – du pou­voir sur autrui. Ce pou­voir, pour le para­noïaque, n’a pas de lim­ites : soit il est entière­ment soumis au pou­voir d’autrui, soit il soumet entière­ment autrui à son pou­voir. Le meurtre dans ce cas témoigne en quelque sorte du bas­cule­ment : per­suadé d’être per­sé­cuté et vic­time d’un com­plot, se croy­ant soumis, autrement dit, au pou­voir d’autrui, le para­noïaque tue pour rétablir la sit­u­a­tion et repren­dre le con­trôle. Le schiz­o­phrène au con­traire s’est con­stru­it un univers, certes étrange et her­mé­tique, mais bien délim­ité, dans lequel il exerce un pou­voir tout puis­sant. Le schiz­o­phrène y est isolé et ce pou­voir n’est pas négo­cia­ble. Il lui faut en exclure autrui. Le meurtre au besoin y pour­voira si une ingérence devient insup­port­able.

Cette vio­lence psy­cho­tique n’est pas sans liens avec la ques­tion du com­man­de­ment et de l’obéissance qui con­stitue selon Julien Fre­und l’un des « pré­sup­posés » de l’essence du poli­tique (Fre­und, 2004, p. 94). Le poli­tique sup­pose en effet un partage des rôles dans lequel cer­tains com­man­dent alors que d’autres obéis­sent. Il s’agit bien de rôles et de fonc­tions insti­tués, net­te­ment délim­ités, par­ti­c­ulière­ment, insiste Fre­und, dans les régimes con­sti­tu­tion­nels où la con­sti­tu­tion fixe, par exem­ple, les attri­bu­tions respec­tives du Prési­dent de la République et du Pre­mier Min­istre. Le com­man­de­ment, en matière poli­tique, implique le recours pos­si­ble à la force. Fre­und insiste en effet à juste titre sur le fait que le poli­tique ne peut se définir seule­ment en ter­mes juridiques : le droit ne serait qu’un sys­tème de normes en l’absence d’un pou­voir de com­man­de­ment pou­vant faire appel à la force. Il ne suf­fit pas en effet de dire le droit. Il faut encore s’assurer de l’obéissance. Mais des abus de pou­voir sont tou­jours pos­si­bles de la part du com­man­de­ment, se traduisant par un abus dans l’usage de la force. Inverse­ment, le com­man­de­ment peut faire preuve de faib­lesse soit par manque de force, soit par hési­ta­tion à y faire appel. C’est alors que sur­git la vio­lence. La vio­lence poli­tique, autrement dit, soit est le résul­tat de l’abus de pou­voir, soit con­stitue « le désor­dre qui naît de la faib­lesse » (ibid., p. 721). Le pre­mier cas est celui du despo­tisme (δεσποτεία), le sec­ond celui de l’anarchie, au sens éty­mologique du terme (ἀναρχία). Il n’y a pas lieu, bien sûr, de rechercher une cor­re­spon­dance terme à terme entre la malmesure psy­cho­tique du pou­voir et sa malmesure poli­tique, même si ce n’est sans doute pas un hasard si les deux grands total­i­tarismes du XXe siè­cles furent orchestrés par des per­son­nal­ités para­noïaques (Hitler et Staline). Ce qui compte c’est de repér­er com­ment la vio­lence peut effec­tive­ment sur­gir d’une malmesure dans la délim­i­ta­tion du pou­voir en tant que com­man­de­ment.

Mais la vio­lence peut aus­si résul­ter d’une malmesure de l’impulsivité. Il s’agit moins alors de pou­voir et de com­man­de­ment, que de tem­pérance vis-à-vis de ses pro­pres désirs et d’endurance face à la frus­tra­tion. Pour trou­ver le vocab­u­laire adéquat, on peut repren­dre ici ce que dit Aris­tote au chapitre VII de L’Éthique à Nico­maque sur l’acrasie (ἀκρασία) opposée à l’ékratéia (ἐκράτεια), c’est-à-dire la tem­pérance et l’intempérance (oppo­si­tion liée, chez Aris­tote, à celle de l’endurance et de la mol­lesse). On a ici une malmesure de l’impulsivité, un manque de σωφροσύνη (pru­dence, sagesse, mod­éra­tion dans les désirs, tem­pérance). Cette malmesure de l’im­pul­siv­ité est à son comble dans la vio­lence psy­chopathique (et non plus psy­cho­tique), celle, par exem­ple, d’un Jacques Mes­rine, qui la décrivait très bien lui-même dans son réc­it auto­bi­ographique, L’in­stinct de mort (auquel je ne peux que ren­voy­er).

La célèbre déf­i­ni­tion de Weber com­bine donc trois dimen­sions : 1° — celle, ergologique de la force (plutôt que de la vio­lence), 2° — celle, soci­ologique, de la légal­ité de son usage (à qui recon­naît-t-on sociale­ment, dans telle ou telle société, une com­pé­tence dans l’usage de la force ? cet usage est-il réservé à cer­tains corps de métiers ? à cer­taines per­son­nes ?), 3° — celle, axi­ologique, du con­trôle de l’im­pul­siv­ité (on attend ain­si du pro­fes­sion­nel, polici­er ou sol­dat, qu’il con­trôle ses émo­tions, ne se laisse pas aller à la colère, au désir de vengeance… bien que — Homère le décrivait déjà très bien dans l’Ili­ade — le com­bat soit par excel­lence un lieu où les émo­tions sont poussées à leur plus haut niveau d’in­ten­sité).

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Ivan le Ter­ri­ble : une malmesure du pou­voir (extrait du film de Pavel Louguine, Tsar, 2009)

  1. Aris­tote, Méta­physique, 8, 6, 1045b 20–24. Voir aus­si la Physique.
  2. A par­tir des déf­i­ni­tions que nous avons don­nées plus haut, nous diri­ons plutôt qu’il n’y a pas de force sans puis­sance.
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3 réponses à À propos de « L’essence du politique » (2)

  1. le passant dit :

    On conçoit théorique­ment bien la dis­tinc­tion entre vio­lence comme malmesure du pou­voir et de la vio­lence comme malmesure de l’im­pul­siv­ité. Par con­tre on a du mal à faire la dis­tinc­tion dans les faits “con­crets” comme tous ces cas médi­a­tique­ment agités de “sér­i­al killer” , genre Dutroux, Emile Louis, Guy Georges, qui sem­blent alli­er un proces­sus d’hu­mil­i­a­tion et une jouis­sance addic­tive de celle-ci. N’est — ce pas d’ailleurs le cas égale­ment chez les “tyrans” notoire genre Amin Dada , Kad­hafi ou même juste­ment Staline. Tous ces gens , en plus de leur dif­fi­culté à borner leur pou­voir, sem­blait avoir du mal à maitris­er leur impul­siv­ité. Inverse­ment, quelqu’un que tu éti­quettes “psy­chopathe” comme Mes­rine, sem­blait pas mal fonc­tion­ner sur le “rap­port de force” (la loi du plus fort) à la manière de ce cas rap­porté par Hubert Guyard de patholo­gie sadique.

  2. le passant dit :

    Désolé pour les fautes. Trop grande pré­cip­i­ta­tion à boucler le com­men­taire…

  3. Jean Michel dit :

    Oui, mais on ren­tre là dans des analy­ses plus fines, que j’avais préféré laiss­er de côté ici. Dans ce bil­let, pour sim­pli­fi­er, je n’ai pas tenu compte des axes et notam­ment de la dif­férence sadisme/paranoïa. Pour aller au-delà de ces sim­ples bil­lets, il faudrait évidem­ment en tenir compte (par exem­ple, dans le cas sovié­tique que je con­nais mieux, la com­para­i­son Staline/Beria — qui fut chef du NKVD au plus fort de la péri­ode stal­in­i­enne, de 1938 à 1953 — me paraît intéres­sante à tra­vailler). Tou­jours pour sim­pli­fi­er (et tenir dans les lim­ites d’un bil­let), je n’ai pas non plus tenu compte des inter­férences entre plans. Quel est l’im­pact du sadisme sur la régu­la­tion de la jouis­sance par exem­ple ? Ques­tion cer­taine­ment pas sim­ple. Les lacaniens dis­ent des choses là-dessus, mais qui ne sont peut-être pas défini­tives. Inverse­ment, quel est l’im­pact d’une impul­siv­ité psy­chopathique sur le rap­port à l’autre ? Pas sim­ple non plus. C’est Hubert lui-même qui, lors d’un sémi­naire, nous avait aigu­il­lé sur la lec­ture de Mes­rine pour retra­vailler la psy­chopathie (plus pré­cisé­ment le trou­ble tax­i­nomique du régle­men­té, ce que Gag­ne­pain pro­po­sait d’ap­pel­er le lib­erti­nage). En effet, il n’y a pas plus flam­beur que Mes­rine. Il veut goûter à tout : le luxe, les casi­nos, les belles bag­noles, les grands hôtels, les belles femmes… Mais pour cela, il ne veut pas s’emmerder à boss­er. Il ne regrette jamais rien, sinon de s’être fait pren­dre. Il est d’une audace sans bornes. Et il n’éprou­ve jamais aucune cul­pa­bil­ité : c’est le roi de l’ex­cuse (qu’il va chercher dans le social : c’est la société, la prison qui ont fait de lui ce qu’il est ; il ne fait que lui ren­dre ce qu’elle mérite). Par con­tre, il dis­tingue bien les métiers. Ne s’en prend qu’à d’autres gens du milieu ou à des policiers. Respecte le code d’hon­neur des truands. Il n’y a pas non plus chez lui de scé­nar­ios sys­té­ma­tiques d’hu­mil­i­a­tion (con­traire­ment à ce qui se passe dans le sadisme)… Mais bon, cela reste des hypothès­es à tra­vailler. En tout cas, lire son auto­bi­ogra­phie fait penser.

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