A propos de « L’essence du politique »

Un com­men­taire du Pas­sant 1 sur mon précé­dent bil­let m’amène à anticiper sur une série de bil­lets que j’avais (vague­ment) prévus à par­tir d’une lec­ture de Julien Fre­und. Jusqu’i­ci, je con­nais­sais seule­ment de Fre­und ses textes d’in­tro­duc­tion à la soci­olo­gie de Max Weber ou de Georg Sim­mel. La lec­ture de cette étrange con­ver­sa­tion imag­inée entre un cer­tain Pierre Bérard 2 et Julien Fre­und m’a don­né envie d’en savoir plus sur la soci­olo­gie de Fre­und lui-même. J’ai donc prof­ité de l’été pour lire l’ou­vrage majeur de Fre­und qu’est L’essence du poli­tique (1965), en com­plé­tant par une relec­ture de quelques clas­siques comme Le savant et le poli­tique de Max Weber, Le Prince de Machi­av­el, mais aus­si Les poli­tiques d’Aris­tote ou L’his­toire de la guerre du Pélo­pon­nèse.

J’en tire ici quelques réflex­ions ou ques­tions sans grand ordre. Il y aura peut-être ensuite quelques bil­lets plus sys­té­ma­tiques.

Le Pas­sant, dans son com­men­taire, réag­it à la con­clu­sion de mon précé­dent bil­let sur la néces­sité affir­mée par Fre­und d’éviter tant la moral­i­sa­tion de la poli­tique que la poli­ti­sa­tion de la morale. Il affirme au con­traire que la poli­tique serait par déf­i­ni­tion une moral­i­sa­tion du poli­tique. Il s’a­gi­rait moins de met­tre en œuvre des liens d’ap­par­te­nance ou de par­tic­i­pa­tion que de définir les « bons » liens. J’en­tends dans cette remar­que comme un écho de ce que dis­ait Jean Gag­ne­pain sur l’hégé­tique, que ses lecteurs enten­dent très sou­vent comme une légal­i­sa­tion du légitime, mais qu’il définis­sait lui-même d’une façon plus com­plexe et prob­lé­ma­tique qu’on ne veut bien le dire. La messe, en tous cas, n’est pas dite sur ce sujet !

Il faut d’abord savoir si l’on se place 1° — dans une per­spec­tive qui est celle de l’ac­tion poli­tique et donc de la jus­ti­fi­ca­tion de telle ou telle déci­sion, de tel ou tel régime, ou de telle ou telle déf­i­ni­tion de ce que devrait être le poli­tique, de même que le per­son­nel poli­tique, ou 2° — dans la per­spec­tive sci­en­tifique de la descrip­tion du phénomène poli­tique, quelles que soient les épo­ques, les insti­tu­tions ou les régimes. Beau­coup de lec­tures de ce que Gag­ne­pain dit de l’hégé­tique me sem­blent se situer dans la pre­mière per­spec­tive. Elles regret­tent que le per­son­nel poli­tique actuel ne soit pas néces­saire­ment un mod­èle de ver­tu et affir­ment qu’à l’avenir, il devra l’être (mais c’é­tait déjà le pro­pos de Pla­ton dans La République !). On est dans l’éthique de con­vic­tion au sens de Max Weber. Dans une per­spec­tive nor­ma­tive en tous cas. On n’est pas dans l’analyse de ce qu’est le poli­tique.

Si on se place dans cette deux­ième per­spec­tive, celle du soci­o­logue, qui se doit d’é­tudi­er « froide­ment » le poli­tique tel qu’il existe (ou la poli­tique telle qu’elle existe — je ne me prononce pas pour l’in­stant sur la dif­férence entre le et la poli­tique), on peut remar­quer que les con­vic­tions sur ce qui doit être, sur ce que sont les « bons » liens soci­aux, etc. font effec­tive­ment par­tie du poli­tique. Il n’y a pas de poli­tique sans con­vic­tions, ni même sans pas­sion, comme l’ob­ser­vait bien Weber. Mais ces con­vic­tions ou ces pas­sions sont de toutes sortes. Les uns sont con­va­in­cus du car­ac­tère néfaste du « cap­i­tal­isme financier », d’autres dénon­cent l’im­mi­gra­tion, d’autres encore plaident pour un développe­ment durable ou une écolo­gie poli­tique, etc. Tous sont per­suadés que leurs con­vic­tions sont les « bonnes » con­vic­tions, que les liens ou les asso­ci­a­tions qu’ils veu­lent trac­er sont les « bons » liens, les « bonnes » asso­ci­a­tions… Le moins que l’on puisse dire est que la déf­i­ni­tion de ce qui est « bon » ou « bien » est pour le moins con­flictuelle, polémique. Dans la per­spec­tive de l’ac­tion, com­ment choisir le bon « bien » ? En retenant le camp le plus vertueux ? Mais com­ment ? Admet­tons que l’on arrive à sélec­tion­ner le per­son­nel poli­tique (comme on sélec­tionne sur d’autres critères les pilotes de chas­se) pour exclure des fonc­tions poli­tiques celles ou ceux qui sont car­ré­ment malades (névrosés, psy­chopathes, mais aus­si per­vers et psy­cho­tiques en tout genre, car ce n’est pas plus ras­sur­ant). Il ne restera donc que des gens à peu près équili­brés, aus­si capa­bles de respon­s­abil­ité que de ver­tu. Croit-on vrai­ment que l’on aura tranché la ques­tion du bien ? Non, car il y a sans doute autant de gens capa­bles de respon­s­abil­ité comme de ver­tu dans les dif­férents camps et l’on retrou­vera les con­flits et les polémiques sur ce qui est bon et bien. On peut dire que le choix devra se faire de façon « démoc­ra­tique ». Mais la démoc­ra­tie elle même n’est qu’une option par­mi d’autres. C’est un argu­ment polémique con­tre ceux qui sont jugés non démoc­rates. D’ailleurs, il suf­fit d’avoir assisté aux blocages d’u­ni­ver­sités de ces dernières années pour con­stater qu’il n’y a pas accord d’emblée sur ce qui est démoc­ra­tique. Cha­cun utilise l’ar­gu­ment démoc­ra­tique comme argu­ment dans la polémique et l’on se trou­ve embar­qué dans une lutte de « démoc­ra­ties » : celle des AG et du vote à main lev­ée con­tre celle des instances uni­ver­si­taires et des cartes d’é­tu­di­ant !

Autre chose. L’en­fer, dit le proverbe, est pavé de bonnes inten­tions. C’est ce que red­it à sa façon Max Weber en écrivant dans Le savant et le poli­tique :

Il est une chose incon­testable, et c’est même un fait fon­da­men­tal de l’his­toire, mais auquel nous ne ren­dons pas jus­tice aujour­d’hui : le résul­tat final de l’ac­tiv­ité poli­tique répond rarement à l’in­ten­tion prim­i­tive de l’ac­teur. On peut même affirmer qu’en règle générale il n’y répond jamais et que très sou­vent le rap­port entre le résul­tat final et l’in­ten­tion orig­inelle est tout sim­ple­ment para­dox­al.

On pense évidem­ment à l’éthique protes­tante qui aurait, selon Weber, favorisé l’e­sprit du cap­i­tal­isme, bien que cela n’é­tait l’in­ten­tion ni de Luther ni de Calvin (qui n’avaient, et pour cause, jamais enten­du par­ler de « cap­i­tal­isme »). Les his­to­riens, sans doute, dis­cu­tent et dis­cuteront longtemps de cette thèse. Mais on peut sans peine mul­ti­pli­er les exem­ples. Ain­si de Gaulle croy­ait léguer à la France, avec la con­sti­tu­tion de la Cinquième République, ce qui lui per­me­t­trait d’échap­per au « régime des par­tis ». Le résul­tat sem­ble bien dif­férent. Peut-on d’ailleurs échap­per aux « par­tis » et autres « fac­tions » ? Les guelfes et les gibelins n’é­taient-ils pas d’autres « espèces » du genre « par­ti » ? De même que les fron­deurs du milieu de notre XVIIe siè­cle ?

Le con­stat soci­ologique est donc que le poli­tique est le domaine du con­flit, de la polémique, éventuelle­ment de la guerre. On peut certes s’ac­corder, pass­er con­ven­tion, faire la paix un temps. Mais le con­flit resur­gi­ra néces­saire­ment, ici ou ailleurs, sur un sujet ou sur un autre, pour un « bien » ou pour un autre. L’his­toire n’est pas seule­ment l’his­toire de la lutte des class­es, comme le pen­sait Marx. Elle est plus générale­ment l’his­toire de la lutte, comme le dit Fre­und, des class­es certes, mais aus­si des peu­ples, des reli­gions, etc. Il n’y a pas de « der des der » ! Il est vrai que cer­tains révo­lu­tion­naires ont voulu croire qu’avec une bonne lutte finale (qui, juste­ment parce qu’elle serait finale — la « der des der » — légitimerait pour le coup la pire des vio­lences), on pour­rait résoudre le prob­lème une bonne fois pour toutes. C’est le « Français (Russ­es, etc.) encore un effort… C’est vrai, on s’en­tretue bien cette fois encore. Mais c’est pour la bonne cause. Après, c’est-à-dire une fois que l’on aura élim­iné tous les ci-devant (koulaks, etc.), ce sera fini. Promis. Ce sera l’avenir radieux ».

Mais en réal­ité, on n’en finit jamais avec le con­flit (qui bien sûr, ne va pas tou­jours jusqu’à la guerre). C’est ce que Fre­und analyse très bien quand il dit que l’une des trois grandes car­ac­téris­tiques du poli­tique (l’un des trois « pré­sup­posés » dans son vocab­u­laire), c’est la dialec­tique ami/ennemi. On trou­ve cela aus­si chez Sim­mel qui insiste sur le rôle social­isa­teur du con­flit. Le con­flit fait lien dans la mesure où l’on s’al­lie con­tre un tiers. Gag­ne­pain ne dit pas autre chose quand il rap­pelle dans Les leçons d’in­tro­duc­tion que :

Les Romains par exem­ple définis­saient le civis comme le con­traire de l’hostis. C’est parce que l’on avait le même enne­mi que l’on deve­nait conci­toyens. On ne se ligue jamais que con­tre.

On trou­ve cela en d’autres mots pas­sim dans les chapitres soci­ologiques du Vouloir Dire. Gag­ne­pain s’in­scrit ain­si bien plus dans la tra­di­tion de Sim­mel et de Fre­und, que du fonc­tion­nal­isme de Durkheim. De Weber aus­si, qui insis­tait dans Le savant et le poli­tique sur ce qu’il appelait « le poly­théisme des valeurs ».

J’a­jouterais que c’est vrai aus­si bien de la poli­tique étrangère (voir déjà l’al­liance des cités autour d’Athènes con­tre celle autour de Sparte dans la guerre du Pélo­pon­nèse), que de la poli­tique intérieure (où la « gauche » n’ex­iste que dans son oppo­si­tion à la « droite »), le même proces­sus se repro­duisant d’ailleurs à l’in­térieur de chaque camp un peu comme une même struc­ture se repro­duit dans les frac­tales aux dif­férentes échelles.

Le filon est riche. Je ne pour­rai pas tout dire dans un seul bil­let. Quelques points pour la suite (dans le désor­dre, en mêlant peut-être per­spec­tives d’ac­tion et per­spec­tives de descrip­tion, mais en insis­tant plus, je l’e­spère, sur les sec­on­des) :

  • Weber dit que trois qual­ités font l’homme poli­tique (on par­lerait évidem­ment aus­si bien de la femme poli­tique aujour­d’hui) : la pas­sion, le sen­ti­ment de respon­s­abil­ité et le coup d’œil. La pre­mière peut se rat­tach­er à ce qu’il appelle l’éthique de con­vic­tion (il faut des con­vic­tions) ; le sec­ond à l’éthique de respon­s­abil­ité (il faut se préoc­cu­per des con­séquences, y com­pris para­doxales, de ses déci­sions, bien qu’il soit évidem­ment impos­si­ble de tout prévoir) ; quant au coup d’œil, Weber l’as­so­cie à un cer­tain détache­ment néces­saire, à un « calme intérieur de l’âme ». Je relie ça à ce que dit Gag­ne­pain quand il par­le de l’hégé­tique (DVD II, p. 108) : « L’au­torité comme telle ne se frac­tionne pas et son intime com­plex­ité tient plutôt au fait qu’il faut pour l’ex­ercer join­dre tac­tique et pro­bité ». Phrase sibylline comme sou­vent, mais que Weber me sem­ble éclair­er. On est en tous cas dans la même tra­di­tion intel­lectuelle.
  • A pro­pos de la dialec­tique ami/ennemi. Le mot français enne­mi est bien sûr poly­sémique. Fre­und rap­pelle que les Grecs dis­tin­guaient, eux, ἐχθρός et πολέμιος, comme les Romains dis­tin­guaient inim­i­cus et hostis. Certes, les deux ter­mes étaient eux-mêmes poly­sémiques en grec comme en latin. Inim­i­cus dans cer­tains textes devient ain­si syn­onyme d’hostis. Mais les pre­miers ter­mes de ces paires ren­voient net­te­ment, selon les dic­tio­n­naires, à la détes­ta­tion et à la haine, par­fois dite « per­son­nelle », alors que les sec­ond désig­nent l’en­ne­mi poli­tique, l’en­ne­mi de guerre, sans cette con­no­ta­tion de détes­ta­tion. Il y a une sur­déter­mi­na­tion axi­ologique ce me sem­ble dans les pre­miers, pas dans les deux­ièmes. Il y aurait sans doute beau­coup à dire et à observ­er là-dessus, y com­pris d’un point de vue clin­ique.
  • Par­mi les con­vic­tions qui peu­vent ou on pu inspir­er le poli­tique fig­urent les enseigne­ments de l’É­vangile (voir par exem­ple le col­loque de novem­bre dernier au col­lège des Bernardins sur « Charles de Gaulle, chré­tien, homme d’É­tat »). Weber insiste sur la con­tra­dic­tion entre la morale des Évangiles (Aimez vos enne­mis, Matthieu, 5, 44) et l’éthique de respon­s­abil­ité, qui amène le poli­tique dans cer­tains cas à entr­er en guerre. Mais l’É­vangile, d’une part, ne dit pas : « Vous n’avez pas ni n’au­rez pas d’en­ne­mis ». Il recon­naît d’une cer­taine façon que l’on ne choisit pas ses enne­mis (un des enseigne­ments clefs de Fre­und, qui l’avait même con­duit à devoir chang­er de directeur de thèse, Jean Hyp­po­lite ne pou­vant sup­port­er cette idée — il était quand même dans le jury.). Mais il demande de les aimer. D’autre part, il n’est pas ques­tion de πολέμιος, mais d’ἐχθρός. Matthieu dit : ἀγαπᾶτε τοὺς ἐχθροὺς ὑμῶν (Dilig­ite inim­i­cos vestros). Il s’ag­it donc de char­ité (car­i­tas, agapê) et surtout d’ab­sence de haine envers l’echthros (l’inim­i­cus). Il n’est pas ques­tion ici du polemios, de l’hostis. A sup­pos­er que cette dif­férence ter­mi­nologique soit per­ti­nente dans le grec des Évangiles, il y a là aus­si matière à réflex­ion (il est d’ailleurs fort prob­a­ble que les doc­teurs de l’Église, tant dans la tra­di­tion ori­en­tale que dans la tra­di­tion latine y ont réfléchi : à véri­fi­er). J’y vois en tous cas un point de départ pour une soci­olo­gie du ressen­ti­ment en lien avec ce que Niet­zsche a pu dire sur le sujet dans La généalo­gie de la morale.
  • Il faudrait encore retra­vailler les deux autres « pré­sup­posés » du poli­tique selon Fre­und : la dialec­tique du com­man­de­ment et de l’obéis­sance (on est là dans la ques­tion de la divi­sion des rôles et des fonc­tions), ain­si que celle du pub­lic et du privé (pas de poli­tique sans une sépa­ra­tion du pub­lic et du privé, même si la fron­tière n’est pas absolue, peut se déplac­er : Fre­und insiste sur le fait qu’un pou­voir qui sup­prime totale­ment le privé en s’in­tro­duisant partout devient total­i­taire, pour lui le total­i­tarisme est même « un gigan­tesque effort pour effac­er la dis­tinc­tion entre l’in­di­vidu­el [le privé] et le pub­lic, par élim­i­na­tion de cette réal­ité inter­mé­di­aire […] qu’est la société civile » — encore une piste extrême­ment intéres­sante, y com­pris clin­ique­ment).
  • Il y a enfin la ques­tion de la force (ou de la vio­lence) et de son usage, l’une des car­ac­téris­tiques du poli­tique pour les soci­o­logues, au moins depuis la célèbre déf­i­ni­tion de Weber de l’É­tat comme « com­mu­nauté humaine qui revendique avec suc­cès pour son pro­pre compte le mono­pole de la vio­lence physique légitime ». Cette déf­i­ni­tion a fait l’ob­jet de moult com­men­taires, sans à mon sens met­tre un terme à l’am­biguïté des notions de force et de vio­lence (on trou­ve les deux ter­mes dans les tra­duc­tions de Weber qui par­le lui de Gewalt­samkeit).
  • Et puis encore une dernière chose à pro­pos de la « moral­i­sa­tion du poli­tique ». Weber remar­que que « l’éthique peut par­fois jouer un rôle extrême­ment fâcheux ». C’est le cas de cer­taines jus­ti­fi­ca­tions morales (moral­isantes) et casu­is­tiques, mais aus­si des marchandages de cul­pa­bil­ité (la sienne comme celle des autres), au détri­ment de ce qu’il appelle « l’éthique de respon­s­abil­ité ». Encore une piste de réflex­ion et d’ob­ser­va­tions…

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  1. J’en prof­ite pour sig­naler son nou­veau blog que je décou­vre du même coup et qui vaut le détour.
  2. Non, ce n’est pas le patron du refuge bien con­nu de tous ceux qui ont fait le tour des Aigu­illes Rouges et l’as­cen­sion du Buet !
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8 réponses à A propos de « L’essence du politique »

  1. le passant dit :

    J’entends dans cette remar­que comme un écho de ce que dis­ait Jean Gag­ne­pain sur l’hégétique, que ses lecteurs enten­dent très sou­vent comme une légal­i­sa­tion du légitime.
    Mon inter­ven­tion con­sis­tait plutôt à dire que le point de vue de « la poli­tique » était un point de vue moral sur le proces­sus du poli­tique ( « le poli­tique » étant alors enten­du au sens médi­a­tion­iste du terme). Il s’ag­it donc plutôt, pour repren­dre tes expres­sions, de légiti­ma­tion du légal.

    Ceci dit, je suis tout à fait d’ac­cord avec toi. En tant que soci­o­logue, il est de ton devoir ( :- ) ) de rap­pel­er qu’au­cun phénomène n’échappe à une lec­ture soci­ologique. Mais en tant que soci­o­logue proche de la médi­a­tion, tu dois con­céder que le “rap­port social” au monde n’est pas le seul rap­port pos­si­ble.
    Dans ce com­men­taire, je réagis­sais avant tout à une cita­tion de M. Gauchet «ce ne sont pas les nobles sen­ti­ments ni les décla­ma­tions morales qui nous sauveront du ressen­ti­ment et de la vio­lence, mais l’intelligence poli­tique — l’intelligence authen­tique­ment machi­avéli­enne celle-là, des principes pro­fonds du pou­voir et du droit qu’il s’agit aujourd’hui de res­saisir et d’adapter à un monde nou­veau ». Je notais sim­ple­ment qu’il me sem­blait vain de déplor­er la sur­déter­mi­na­tion morale des dis­cours poli­tiques puisque c’est le rap­port au monde qui les iden­ti­fie de façon pri­or­i­taire. Pour pren­dre un exem­ple. Tout le monde dès qu’il va pouss­er le cad­die le same­di à Car­refour ou va va faire son marché est un con­som­ma­teur. Et soci­ologique­ment, la plu­part du temps à notre insu, ça nous classe. Mais cer­tains con­som­ma­teurs sur­déter­mi­nent axi­ologique­ment (“morale­ment” pour les non ini­tiés 😉 ) leurs actes con­suméristes. De nos jours, ils mili­tent pou achèter “bio” ou “équitable” ou font par­ti d’as­so­ci­a­tions de con­som­ma­teurs.
    On par­le par­fois de “con­science poli­tique”. Il me sem­blerait plus appro­prié de par­ler “d’éthique du poli­tique”

  2. aymeric dit :

    Le total­i­tarisme comme « un gigan­tesque effort pour effac­er la dis­tinc­tion entre l’individuel [le privé] et le pub­lic, par élim­i­na­tion de cette réal­ité inter­mé­di­aire […] qu’est la société civile », c’est aus­si, à peu près, la thèse de Leszek Kołakows­ki.
    http://books.google.fr/books?id=4K_SsfN4Vd8C&pg=PT1&dq=le+village+perdu+leszek+kolakowski&hl=fr&ei=idNeTPS2GZqTOM_y0L0J&sa=X&oi=book_result&ct=result&resnum=1&ved=0CCoQ6AEwAA#v=onepage&q=le%20village%20perdu%20leszek%20kolakowski&f=false

  3. le passant dit :

    Dans les ter­mes de la médi­a­tion, on pour­rait dire que là où le total­i­tarisme nie le pôle de la sin­gu­lar­ité, là où l’in­di­vid­u­al­isme fait de la dialec­tique entre la sin­gu­lar­i­sa­tion et la con­ver­gence une rela­tion linéaire entre l’in­di­vidu­el et le col­lec­tif, il faut penser une société civile comme lieu de ten­sion per­ma­nente . C’est à dire oscil­lant entre remise en cause et réso­lu­tion pro­vi­soire du con­trat social.

  4. valentini dit :

    Les casse-couilles en briseurs d’i­doles

    [Texte sup­primé. Était un sim­ple copié-col­lé de ceci].

     

  5. Jean-Michel dit :

    Que de mots ! Je pense qu’un sim­ple lien vers le bil­let sur votre blog suf­fi­ra.

  6. Eugène dit :

    “légal­i­sa­tion du légitime” n’est pour moi qu’une for­mule sim­pli­fi­ante de l’in­ter­férence des deux dialec­tiques soci­ologique et axi­ologique c’est bien clair.
    Si ton inter­locu­teur est médi­a­tion­niste, il pige qu’il y a bien ce rac­cour­ci sinon, le non médi­a­tion­niste va te com­pren­dre plus ou moins en ce que tu vis­es le coeur du prob­lème poli­tique con­tem­po­rain.

    Dans un cas comme dans l’autre, la dif­fi­culté reste le manque d’exemple(s)!

  7. Jean-Michel dit :

    Con­tent de te relire. ça fai­sait un moment…

  8. Eugène dit :

    Le temps… qu’il fait aus­si…

    Rap­pelons nous que ”le” bre­ton, ”le” français, ”la” langue n’ex­is­tent pas, sous enten­du en tant qu’ ”objets” sci­en­tifiques; par trans­po­si­tion, idem pour les Codes!

    La tdm nous indique donc d’abord par quoi ces Codes pour­raient être struc­turés (définis­sant ou redéfinis­sant un idéal du job poli­tique, donc poten­tielle­ment les critères pour les nou­veaux pré­ten­dants aux rôles de décideurs pour autrui)

    Seule une grande quan­tité de codes ain­si con­stru­its (dans une cul­ture, hic et nunc) per­me­t­tra de faire des diag­nos­tics sus­cep­ti­bles d’é­carter des pré­ten­dants, sans que ce ne soit une sanc­tion pour autant — les églis­es par exem­ple n’ac­cor­dent pas le statut de prêtre à tous les pré­ten­dants, en même temps qu’elles se trompent sou­vent elles-mêmes, l’ac­tu­al­ité en témoigne. Bon, avec ce glisse­ment anthro­pothéomythique, ce que je veux dire finale­ment, c’est que les défail­lances comme le principe de Mis­éri­corde sont à la fois pos­si­bles et néces­saire, sans oubli­er le pro­jet idéal.

    Mais se retrou­ver dans des élec­tions dites démoc­ra­tiques avec un choix fer­mé sur tes caté­gories ci-dessus (4ème§) ne laisse aucune chance à l’émer­gence du souhaitable!

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