La RTT en Grande-Bretagne

Dans un billet précédent, je présentais des données de l’OCDE montrant la tendance générale à la réduction de la moyenne de la durée hebdomadaire du travail dans les pays industrialisés. On y voyait notamment le creux correspondant en France à la mise en place des 35 heures suivi d’une hausse de la moyenne hebdomadaire à partir de 2002, alors que la Grande-Bretagne, sur la même période, continuait « tranquillement » sa RTT pour arriver en 2006 à une durée moyenne hebdomadaire inférieure environ d’une heure à celle de la France (36,9 heures contre 38 heures pour la France). Les données de l’UK Statistics Authority permettent de préciser cette évolution, la courbe des travailleurs à plein temps étant à peu près parallèle à celle de l’ensemble des travailleurs, mais 5 heures au-dessus (32 heures pour la moyenne d’ensemble contre 37,1 heures pour les travailleurs à plein temps au premier trimestre 2008).

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Evidemment, ces moyennes cachent de grandes différences, mais la RTT est bien une tendance générale indépendante de la loi française sur les 35 heures.

Ce qui pose deux grandes questions :

  • une moyenne de 32 heures par semaine signifie que de nombreuses personnes sont bien en-dessous. Comment vit-on avec 10 heures de travail par semaine payées au SMIC (environ 350 € bruts/mois) ? Bref, même dénié, refusé, le partage du travail a bien eu lieu. Mais rassurons tout de suite les partisans du laisser-faire : ce partage du travail n’a pas été organisée par des négociations collectives ou par la Loi (quelle horreur !). Comme le dit Pierre Larrouturou : « C’est le marché, le Marché seul, dans sa grande sagesse, qui a réparti le travail entre, d’un côté, ceux qui ont encore un bon job, à 40 heures par semaine, et, de l’autre côté, des millions d’hommes et de femmes qui n’ont que de petits emplois avec des petits revenus.» Ouf ! On avait eu peur.
  • deux siècles de société industrielle et de vision plus économique que sociologique ne nous aident pas à poser la question ainsi, mais il faudra bien s’interroger sur la façon de contribuer socialement et d’être pleinement citoyen indépendamment du travail, au sens de l’emploi salarié. Sur ce point, le débat a singulièrement régressé depuis les années 1990 (plombé en partie par l’annonce précipitée de la fixation de la durée légale du travail à 35 heures), mais ce n’est pas une raison pour y renoncer. La réflexion s’engagera nécessairement dans les pas de Durkheim et surtout de Mauss qui le premier a envisagé la contribution sociale, le munus, comme obligation de donner, de recevoir et de rendre.
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