Tétralogie monétaire

Les économistes ont l’habitude de distinguer les fonctions (au nombre de trois) et les formes de la monnaie. Je propose ici de retravailler ces fonctions et ces formes à partir des plans de théorie la médiation (voir aussi une brève présentation de cette théorie sur Wikipédia).

Selon le MIT Dictionary of modern Economics1, la monnaie est

« anything which is widely acceptable in exchange for goods, or in settling debts, not for itself but because it can be similarly passed on, has the character of money since it serves the primary function of money, i.e. a means of payment. As a means of payment money is an entity which is transferred when a payment is made ; as such it acts as a MEDIUM OF EXCHANGE, a function essential to any economy other than the most primitive ».

Mais le terme « monnaie », dit ce dictionnaire,

« is also used in the sense of ‘MONEY (or UNIT) OF ACCOUNT’ : this denotes a system of abstract accounting units in which values are expressed or debts defined. Practically such a system is a necessary precondition of a price system since it reduces relatives values to a manageable number of money prices ».

En troisième lieu,

« besides serving as exchange media, such means of payment are held as part of the holder’s stock of assets, i.e. they act as ‘STORES OF VALUE’ ».

Enfin, le dictionnaire précise que « in modern monetary systems the principal means of payment are debt instruments, namely BANKNOTES and BANK DEPOSITS ». Cela indique que si la monnaie à des fonctions, elle a aussi différentes formes : billets de banque (banknotes), dépôts bancaires (bank deposits) (c’est-à-dire des écritures ou, plus souvent de nos jours, des données numériques enregistrées dans des mémoires d’ordinateur), mais aussi cartes bancaires et cartes de crédit, pièces, wampuns, etc.

C’est cela que nous proposons de retravailler à partir des plans de la médiation. La fonction « intermédiaire des échanges » renvoie au plan sociologique de l’échange, la fonction « unité de compte » renvoie au plan logique du décompte, la fonction « réserve de valeur » renvoie au plan axiologique de la jouissance et de sa régulation. Quant aux « formes » de la monnaie, elles renvoient à la dimension matérielle et au plan ergologique de la fabrication (la monnaie est toujours aussi un ouvrage fabriqué, qu’il s’agisse des pièces, des billets ou, aujourd’hui, des écritures numériques).

Illustrons cela en prenant un billet de 1 dollar.

Ce billet est fait de papier. Admettons que je veuille m’en servir pour acheter une bouteille de Cola dans un distributeur automatique de boissons. J’appuie d’abord sur le bouton correspondant à la bouteille souhaitée. Le prix s’affiche sur un écran digital : $ 1.25. La monnaie américaine que j’ai dans la poche se compose à la fois de pièces et de billets. Pour produire cette somme de 1,25 dollars, la solution la plus simple consiste à réunir un billet de 1 dollar, ainsi qu’une pièce de 25 cents (a quarter dollar). Cela fait, il me reste à introduire ce billet et cette pièce dans la machine qui comporte deux fentes prévues à cet effet. Mais cette opération simple qui consiste à introduire un billet et une pièce dans les fentes d’un distributeur automatique de boisson suppose en réalité toute une analyse que je fais de manière implicite. Je dois d’abord ne pas me tromper de fente : celle dans laquelle introduire les billets n’est pas la même que celle dans laquelle introduire les pièces. Pour les repérer, je dois mettre en rapport l’épaisseur de la pièce et du billet, ainsi que le diamètre de l’un et la largeur de l’autre, avec l’épaisseur et la largeur des fentes de la machine. Si j’essaie d’introduire une pièce de 20 centimes d’euro dans la fente prévue pour les pièces de 25 cents, cela ne marchera pas. De même pour le billet. Je dois veiller à ce que les coins ne soient pas cornés. Je dois éventuellement aussi faire attention à ce que l’effigie de Georges Washington soit tournée vers le haut et non vers le bas. Et je devrais faire une analyse similaire si j’étais en face d’un distributeur automatique de titres de transport (comme dans le métro de Rennes) et non en face d’un distributeur de boisson. Il me faudrait dans ce cas mettre en rapport les dimensions de ma carte bancaire avec celles de la fente dans laquelle l’introduire (les dimensions ne sont pas les mêmes pour la carte bancaire et pour la carte de transport rechargeable Korrigo).

Cette analyse que je fais implicitement à chaque fois que j’utilise une forme ou une autre de monnaie n’est autre que l’analyse de l’outil que Jean Gagnepain a mis en évidence à partir de l’écriture de patients « atechniques ». Elle montre que la monnaie est bien un produit fabriqué, un ouvrage. Utiliser de la monnaie suppose que l’on soit capable d’analyser le matériau (papier, métal, plastique, etc.) mais aussi l’engin (le découpage particulier du matériau en question : épaisseur, largeur, diamètre, etc.). Cela suppose aussi que l’on soit capable d’analyser les tâches à accomplir pour éventuellement les ordonner (dans l’utilisation du distributeur de boisson, par exemple, je dois d’abord introduire la monnaie avant d’appuyer sur le bouton qui fera chuter la bouteille choisie). Il est vrai que certains économistes parlent aujourd’hui de « dématérialisation » de la monnaie, sous prétexte que pièces métalliques et billets de papiers tendent à être remplacées par des données numériques. C’est oublier que le « numérique » suppose lui aussi une analyse technique : il n’y a pas de données numériques sans supports d’enregistrement magnétiques, sans cables de cuivres ou de fibres optiques permettant leur circulation, sans puces de silicium permettant leur traitement, etc. Le dispositifs matériels associés aux différentes tâches (conservation, circulation, etc.) ont sans doute changé, ils ne sont pas moins des dispositifs matériels structurés par l’analyse de l’outil. Et l’on peut faire l’hypothèse qu’un patient atechnique incapable de saisir le programme implicite contenu dans le dispositif stylo/feuille de papier sera également incapable de saisir le programme implicite contenu dans le dispositif billet ou carte de crédit/fente du distributeur.

Passons maintenant aux trois fonctions de la monnaie distinguée par les économistes.

La principale de ces fonctions, nous dit le dictionnaire d’économie du MIT, est d’être un intermédiaire des échanges (means of exchange, medium of exchange). Prenons toujours le cas du billet de 1 dollar. Si je l’associe à une pièce de 25 cents, je peux l’échanger contre une bouteille de Cola. Dans le cadre de cet échange, je suis dans la position d’un acheteur (purchaser) face à un vendeur (seller). C’est au fond toute la division sociale du travail qui est en jeu dans cette situation : ne fabriquant pas moi-même de Cola, je dois, si je veux en boire, me le procurer auprès de quelqu’un d’autre en échange d’une certaine somme de monnaie. Ce quelqu’un d’autre lui-même n’est d’ailleurs pas le fabriquant. Il n’est le plus souvent qu’un revendeur de détail qui, dans le cas le plus simple s’est approvisionné auprès d’un grossiste qui seul est livré directement par la société X-Cola. Certes, dans le cas où j’achète ma bouteille dans un distributeur automatique, le vendeur n’est pas immédiatement présent en face de moi, en chair et en os. Mais il n’en est pas moins présent dans la relation : c’est bien à lui que j’achète la bouteille. Et il viendra ensuite, soit directement, soit par personne interposée, récolter la somme d’argent qui se trouve dans la machine, somme d’argent qu’il mettra en relation avec les marchandises emportées. Cette possibilité que le vendeur soit « matériellement » absent de la relation mérite d’ailleurs d’être soulignée. Elle montre que les relations marchandes, comme toutes les autres relations sociales, ne sont pas réductibles aux relations « de face à face » entre deux ou plusieurs individus. Deux personnes peuvent être en relation sociale sans être nécessairement coprésentes (les relations sociales peuvent se faire in abstentia y compris avec des inconnus).

Notez que j’ai bien parlé ici de relations sociales. Du point de vue sociologique, il n’existe en effet aucune différence fondamentale entre les relations marchandes (comme l’achat d’une bouteille de Cola pour la somme de 1,25 dollars) et les autres relations sociales. Les relations marchandes ne représentent qu’un cas particulier de relations sociales : celles dans lesquelles la monnaie intervient comme intermédiaire des échanges. Mais la forme de l’échange reste la même : on assiste dans tous les cas à cette relation de don et de contre-don dont parlait Marcel Mauss. Je donne au vendeur 1,25 dollars et il me donne en échange une bouteille de Cola. La seule particularité des relations marchandes, Pierre Bourdieu le soulignait déjà, réside peut-être dans le fait que le contre-don est immédiat et s’accompagne d’un accord explicite sur le prix. Dans l’échange de cadeaux au contraire, le contre-don peut être différé et le prix souvent masqué. Lorsqu’on invite des amis à un repas, il est d’usage que l’on soit invité à son tour, mais on ne s’attend pas à ce que l’invitation soit immédiate. Si jamais cela survenait, cela aurait même quelque chose d’insultant : comme si les amis en question désiraient couper court à la relation en se libérant au plus tôt de la dette.

Au sujet de cette dimension sociale de la monnaie comme intermédiaire des échanges, on peut citer également Jean Oury, l’un des principaux représentants en France de la psychiatrie institutionnelle :

Il me semble que l’argent est, dans l’acte analytique ou psychiatrique, toujours l’intervention d’un tiers, mais d’un tiers qui n’est pas un tiers neutre, comme on le dit, c’est un tiers social, parce que l’argent est toujours le représentant du social au cœur même de la relation analytique ou psychiatrique.2

Du point de vue clinique, c’est cette dimension sociale de la monnaie qui va faire problème dans les psychoses, à commencer par la schizophrénie. Ainsi, dans Création et schizophrénie, Jean Oury parle de tel schizophrène parfaitement capable de peindre, mais n’acceptant aucun commerce pour se procurer ses matériaux.

Intéressons-nous maintenant à la deuxième fonction de la monnaie distinguée par les économistes : celle d’unité de compte (unit of account). Mon billet de tout à l’heure est un billet de 1 dollar. Il entre dans un rapport de 1 à 5 avec un billet de 5 dollars qui entre lui-même dans un rapport de 1 à 2 avec un billet de 10 dollars. Mais cette unité de base qu’est le dollar peut également être divisée. Comme le système européen et l’ancien système français, le système monétaire américain est un système décimal. L’unité de base, le dollar, se divise en cents. Il faut 100 cents pour faire un dollar de même qu’il faut 100 centimes pour faire un franc ou 100 centimes d’euro pour faire un euro. Mais d’autres rapports sont possibles. Dans l’ancien système britannique, par exemple, la livre se divisait en 5 shillings valant donc chacun 1/20e de livre. Dans la France de l’Ancien Régime, la livre valait 20 sols, le sol 4 liards et le liard 3 deniers. Il fallait donc 12 deniers pour faire 1 sol et 240 deniers pour faire une livre. Depuis le 1er janvier 2002, les Français ont dû cesser de compter en francs pour se mettre à compter en euros. Pour apprécier le prix des marchandises, beaucoup ont dû pendant longtemps convertir en francs les prix affichés en euros. Sachant qu’un euro vaut 6,55957 francs combien valait en francs une coupe de cheveux valant 23 euros ? Réponse : 150,87 francs. De nouveaux repères ont donc dû être trouvés. Ainsi, de nombreux articles valant une centaine de francs étaient vendus 99,90 francs plutôt que 100 francs, de même que des articles valant un millier de francs étaient vendus 999 francs plutôt que 1000 francs. Il semble en effet que le passage d’un nombre comportant n chiffres à un nombre comportant n+1 chiffres, passage qui résulte seulement du système décimal, constitue un « seuil psychologique » qui favorise ou non l’achat (un article valant 99,90 francs ne valait que quelques dizaines de francs, alors qu’un article valant 100 francs en valait déjà une centaine !). Mais la conversion en euro a déplacé ces « seuils psychologiques ». 100 francs étaient devenus 15,24 euros et 99,90 francs 15,23 euros (compte tenu des règles légales d’arrondi). Il n’y avait plus de seuil entre 15,23 et 15,24. Il y en a un par contre entre 9,99 euros (tels CD de musique en promotion chez un commerçant en ligne) et 10 euros.

La maîtrise de ces rapports entre les unités monétaires et les calculs qu’elle implique suppose une capacité d’analyse logique qui n’est autre que la capacité de signe. En effet, contrairement à ce que veut la tradition scolaire, qui distingue les forts en maths et les forts en thème, arithmétique et grammaire relèvent de la même analyse implicite, celle du signe. L’aphasique de Broca le prouve dont l’atteinte générative concerne aussi bien l’unité sémantique (le mot) que le nombre au sens mathématique3. L’unité de compte, de ce point de vue, est bien l’unité générative. Le un opposé au supplémentaire.

Enfin, il nous faut nous intéresser à la troisième fonction de la monnaie distinguée par les économistes : la monnaie en tant que réserve de valeur (stores of value). Prenons encore une fois mon billet de 1 dollar. Qu’est-ce qu’il me permet de payer sinon de la jouissance ? Admettons que je désire boire. Je vais débourser ce billet qui me permettra d’acheter la bouteille avec laquelle j’étancherai ma soif. Le billet dont je me défais est ici le prix à payer pour satisfaire mon désir de boire. Il paie bien une jouissance. Or cette relation entre le prix et la jouissance qu’il paie, c’est justement ce que Jean Gagnepain propose d’appeler la valeur, en accord à peu près total sur ce point avec les économistes. Pour Adam Smith déjà, le prix était identifié à la peine que l’homme accepte d’endurer en vue de la satisfaction d’un désir :

« The real price of every thing, what every thing costs to the man who wants to acquire it, is the toil and trouble of acquiring it. What every thing is realy worth to a man who has acquired it, and who wants to dispose of it, or to exchange it for something else, is the toil and trouble which it can save to himself, and which it can impose upon other people »4.

Dans la mesure où elle me permet potentiellement de me payer une jouissance ou de m’épargner une peine (un déplaisir) la monnaie est bien réserve de valeur. On pourrait dire encore qu’elle est une réserve de jouissance (potentielle) ou encore un « pour-jouir ». Précisons ici que le mot jouissance doit être entendu au sens lacanien. En français contemporain, le mot jouissance tend à être associé à la sexualité : la jouissance, c’est le plaisir sexuel, celui que l’on éprouve au moment de l’orgasme. Dans sa définition lacanienne au contraire, de même que dans la nôtre, l’idée de jouissance doit être détachée de la sexualité (même si jouissance et sexualité peuvent évidemment se combiner). Chez Lacan, du moins si l’on suit sur ce point Juan-David Nasio, la jouissance n’est autre que l’énergie psychique dont parlait Freud5. Cette énergie psychique est au fondement du désir. Elle génère un état pénible de tension psychique d’autant plus fort que l’élan du désir est arrêté par le refoulement. Une partie seulement de cette énergie psychique parvient à se décharger : elle franchit le mur du refoulement en procurant une sensation de soulagement (plaisir). L’autre partie reste confinée à l’intérieur du système psychique où elle maintient un certain niveau de tension (elle maintient le désir). Lacan reformule ce processus en distinguant trois types de jouissance : la jouissance phallique, le plus-de-jouir et la jouissance de l’Autre. La jouissance phallique correspondrait à l’énergie dissipée lors de la décharge partielle avec un effet de relatif soulagement (de relatif plaisir). Si Lacan qualifie cette jouissance de phallique, c’est parce qu’il désigne du nom de phallus la limite qui ouvre et ferme l’accès à la décharge. Le phallus est donc l’autre nom lacanien du refoulement (il ne doit pas être confondu avec le pénis). Le plus-de-jouir, maintenant, correspondrait à la jouissance qui reste contenue à l’intérieur du système psychique, celle-là même dont le refoulement (le phallus dans la terminologie lacanienne) empêche la sortie, celle-là aussi qui entretient le désir. Enfin, la jouissance de l’Autre correspondrait à une jouissance hypothétique qui se déchargerait sans l’entrave d’une quelconque limite (d’un quelconque refoulement). Cette jouissance sans entrave est appelée par Lacan jouissance de l’Autre dans la mesure où c’est la jouissance que le sujet – notamment névrosé – suppose que l’Autre éprouve. Pour la théorie de la médiation, cette troisième forme de jouissance, jouissance sans entrave, pourrait différemment être assimilée à la jouissance animale, celle qui n’a pas à passer par l’analyse de la norme (qui correspond, grosso modo et toute considération de relation à l’autre mise à part, au refoulement freudien). De ces trois types de jouissance, quelle est donc celle que paie la monnaie ? De quelle jouissance la monnaie est-elle une réserve ? Il nous faut répondre que, dans la mesure où l’homme accède à la norme, c’est-à-dire à une régulation du désir (à un refoulement), la jouissance que paie la monnaie ne peut être que la jouissance que Lacan appelle phallique. C’est une jouissance partielle, la décharge totale de l’énergie pulsionnelle étant interdite par l’analyse de la norme — le refoulement — qui contribue ainsi à maintenir le désir.

Et l’on pourrait encore montrer que cette jouissance comporte des degrés, comme l’avaient bien compris des économistes marginalistes tels que Walras et Pareto :

« Nous voyons, écrivait Pareto, que fort généralement l’ophélimité élémentaire [c’est-à-dire « le rapport de convenance qui fait qu’une chose satisfait un besoin ou un désir »] diminue à mesure que la quantité consommée augmente. Un homme qui a soif boit avec un très grand plaisir son premier verre d’eau, avec moins de plaisir un second verre, avec moins de plaisir encore un troisième verre. […] Cette propriété est très générale. […] Sauf dans des cas exceptionnels, comme, par exemple, celui que l’on observe lorsque l’avarice dégénère en une vraie maladie, l’ophélimité, après avoir crû jusqu’à une certaine limite, finit après par décroître »6.

Encore faut-il pouvoir rendre compte de ce caractère quantitatif et discret (au sens mathématique de grandeur discrète) de la jouissance. Pareto ne nous a-t-il pas mis sur la piste en évoquant les « cas exceptionnels », « comme, par exemple, celui que l’on observe lorsque l’avarice dégénère en une vraie maladie » ? Le toxicomane, qui incarne l’idéal de la jouissance continue « obtenue dans une décharge à jet continu »7, est-il encore capable de poser des degrés de jouissance8 ? L’obsessionnel au contraire peut-il encore se payer une quelconque jouissance9 ? Voilà en tous cas des questions qui, sans renier l’apport des économistes (comme le prouvent les appuis que nous trouvons chez Smith et Pareto), permettent de renouveler largement la compréhension des phénomènes de valeur.

Le fait que les économistes aient éprouvé le besoin de distinguer quatre dimensions dans le phénomène monétaire (une dimension, celle des formes de la monnaie, et trois autres, celles de ses fonctions) qui correspondent assez bien aux plans de la médiation est en lui même intéressant : il montre que ce caractère tétralogique du réel humain (la monnaie est une chose humaine) a déjà été plus ou moins confusément perçu par les sciences humaines et sociales.

  1. David W. PEARCE, Ed. MIT Dictionary of modern Economics, Cambridge, Massachusetts, The MIT Press, 1997. []
  2. Jean Oury, Onze heures du soir à La Borde []
  3. Cf. Hubert GUYARD et Jean-Yves URIEN. « Les opérations arithmétiques à l’épreuve de la clinique », Tétralogiques, no 8, 1993, p. 7-62 — Téléchargeable ici. En fait, la clinique montre que le calcul au sens courant est multidéterminé. Il peut également être affecté, mais autrement, par un trouble de l’outil qui atteint le chiffre, c’est-à-dire la signalisation graphique du nombre, ou par un trouble de la personne, qui atteint la planification des algorithmes. []
  4. Adam SMITH. Inquiry into the Nature and Causes of the Wealth of Nations (1776) []
  5. Cf. Juan-David NASIO. Cinq leçons sur la théorie de Jacques Lacan, Paris, Payot (Petite Bibliothèque Payot), 1998, 261 p. []
  6. Vilfredo PARETO. Cours d’économie politique (1896), Genève, Dros, 1964, p. 9-12. []
  7. Pascal METTENS, « Suggestions pour un abord structural des toxicomanies », Anthropologiques, n° 4, 1992, p. 77-120. []
  8. D’où son addiction potentielle au jeu ou à la carte de crédit : la toxicomanie ne peut pas être identifiée à la seule addiction aux drogues psychotropes. []
  9. La psychanalyse a souligné depuis longtemps le lien entre névrose obsessionnelle et avarice, qu’elle rattache à la pulsion anale selon une équation argent = fèces []
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2 réponses à Tétralogie monétaire

  1. le passant dit :

    Très intéressant. Il me semble que tu avais déjà consacré un chapitre de « du développement durable au bien public » à l’objet introuvable de la science économique. Dans la période actuelle où on assiste à une remise en cause des modèles naturalistes de l’économie libérale, il serait stratégiquement important de faire connaitre ce genre d’analyse qui font entendre une alternative à la sempiternelle critique morale (et vaguement animiste) contre l’argent roi ou la finance folle.

  2. Jean Michel dit :

    Je découvre que ce billet a été cité sur le blog de Paul Jorion par un certain Scaringella. Merci à lui (elle ?). Un autre commentaire cite cette phrase de Ludwig von Mises, connu pour sa défense de la théorie dite « subjective » de la valeur :

    « La valeur n’est pas intrinsèque, elle n’est pas dans des choses. Elle est en nous ; elle est la façon dont l’homme réagit aux conditions de son environnement. »

    L’anthropologie clinique pourrait reprendre à son compte cette citation, mais en précisant que « la valeur est la façon dont l’homme réagit de façon libidinale aux conditions de son environnement » (sans libido, au sens de l’énergie psychique de Freud, pas de valeur, comme le montre le tableau clinique du patient « sans intérêt » que l’on peut voir dans le DVD qui accompagne cet ouvrage). En précisant aussi que cette réaction libidinale est normalement régulée par une capacité de refoulement (pour donner la « licence » de Jean Gagnepain ou la « jouissance phallique » de Jacques Lacan).

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