Thucydide, puissances d’agir et coronavirus

J’ai vu passer hier un courriel de ma direction de laboratoire annonçant le lancement de deux appels à projets de recherche nationaux pour lutter contre le Covid-19, l’un émanant de l’Agence d’Innovation de la Défense, l’autre de l’Agence Nationale de la Recherche. Le second, qui était ouvert dès le 6 mars, comprend un volet éthique et sciences humaines et sociales (SHS) qui demande un éclairage sur les points suivants :

  • Enjeux géopolitiques
  • Éthique de la recherche et du soin et droits humains
  • Représentations, perceptions, attitudes, comportements relatifs à l’épidémie
  • Organisation des soins, politique de santé et acceptabilité des décisions.

Les projets doivent être déposés au plus tard le lundi 23 mars à 13 h. Il est clair que seules des équipes de recherche assurant une veille documentaire sur ces questions et ayant reçu l’appel à projet dès son ouverture sont en mesure d’y répondre avec des chances raisonnables de succès. Je ne pense pas, de surcroît, pouvoir être d’une grande utilité dans l’immédiat, sauf à rester chez moi et tenter de maintenir à distance une certaine « continuité pédagogique ».
Il n’est pas sans intérêt ceci dit de se demander ce que l’on serait à même de proposer comme pistes de recherche si d’aventure on était interrogé à ce sujet. Je laisse de côté pour ma part la géopolitique qui n’est pas de mon domaine. Je laisse de côté aussi l’éthique de la recherche et du soin (la question entre en revanche, à plus long terme, dans l’appel à contribution de Tétralogiques pour le numéro de 2021 sur l’axiologie et un article de Thierry Collaud, dans la même revue, sur l’immoralité d’une certaine façon de concevoir les soins aux personnes âgées, bien avant que l’on parle de SARS-CoV-2 et de Covid-19, n’en prend que plus d’acuité aujourd’hui). Je n’aurais pas grand-chose à dire ou à proposer non plus sur la question de l’organisation des soins, de la politique de santé et de l’acceptabilité des décisions.
En revanche, je pourrais avoir quelques idées de problématique et d’enquête sur la question des représentations, perceptions, attitudes et comportements relatifs à l’épidémie. J’en ébauche, sans doute bien maladroitement pour l’instant, quelques-unes dans la suite de ce billet. Continuer la lecture

Publié dans Écologie humaine | Marqué avec , , , | Commentaires fermés sur Thucydide, puissances d’agir et coronavirus

Monde de l’opinion et abandon de RSS par les navigateurs

À l’occasion d’une mise à jour Debian un peu tardive, je découvre l’abandon fin 2018 de la détection des flux RSS par Firefox et donc l’abandon de la prise en charge des marque-pages dynamiques. Il faut ouvrir un deuxième outil (j’ai choisi Akregator) pour suivre les blogs. Il y a bien des extensions pour Firefox censées permettre de conserver l’ancienne fonctionnalité, mais aucune n’a fonctionné chez moi (Firefox 68 sous Debian Stretch). Fallait-il un paramétrage spécial ?

Toujours est-il que Chrome a aussi abandonné depuis un moment la prise en charge native des flux RSS. Ainsi, semble-t-il, que Safari. Deux outils des GAFAM. Mine de rien, le fait que ces trois navigateurs, qui rassemblaient en 2019 autour de 87 % des parts de marché. obligent désormais à installer une extension ou à utiliser un deuxième outil dédié au suivi des flux RSS doit bien contribuer à plonger les blogs dans l’arrière-fond du web.

Au profit toujours de « l’intoxication à haute fréquence des réseaux sociaux » et du « réchauffement médiatique » promu par les plateformes (comme l’écrit sur Médiapart Dominique Boullier qui expose de nouveau son idée d’une régulation de vitesse — pas plus d’un tweet ou d’un post FB par jour — plutôt que la régulation des contenus que cherchent sans cesse à renforcer les gouvernements, en vain et au détriment de la liberté d’expression).

C’est aussi techniquement donc que se fait le clivage entre le monde de l’opinion, au sens de Boltanski et Thévenot, et les autres, un monde de l’opinion dans lequel être grand, c’est de plus en plus être propagé (« liké », « retweeté ») de façon impulsive, le modèle technico-économique des plateformes étant conçu, comme l’explique aussi Boullier, pour court-circuiter la prise de décision (son contrôle axiologique).

Publié dans Brèves | Marqué avec , , | Un commentaire

Trois ou quatre réflexions à partir de Max Weber (1)

Relire Weber sinon dans son intégralité (il faudrait pour cela être capable de lire aisément l’allemand, seule langue à ma connaissance dans laquelle il existe un projet d’édition complète), du moins dans ce qui est disponible en traduction française ou anglaise (c’est déjà assez volumineux), conduit à s’interroger entre autres sur le décalage entre le projet sociologique tel que Weber le concevait et ce qu’est devenue la sociologie aujourd’hui. Une réflexion un tant soit peu aboutie sur ce décalage demanderait un travail considérable, qui n’entre pas dans mes priorités de recherche, qui dépasserait mes capacités de toute façon (ne serait ce qu’en raison de mes notions d’allemand très limitées) et dont l’exposé excéderait de très loin les dimensions d’un billet de blog. Il n’est pas interdit, ceci dit, de soulever quelques questions, au fil de la lecture. Continuer la lecture

Publié dans Sociologie | Marqué avec , , | Commentaires fermés sur Trois ou quatre réflexions à partir de Max Weber (1)

Glottophobie ?

Voici donc que la langue française s’est enrichie – depuis quelques années déjà – d’un néologisme supplémentaire, la glottophobie.

Ce ne serait pas un problème si la tendance à privilégier la dénonciation et l’indignation face à la énième discrimination débusquée ne se faisait pas au final au détriment du questionnement scientifique, qui devrait privilégier l’explication et la recherche des causes.

Car dans l’état actuel des choses, il est bien plus rentable d’inventer ainsi de nouvelles « phobies », de les dénoncer et de proposer des moyens de les combattre – pas de « phobie » sans loi ou proposition de loi censée l’interdire – que de construire par exemple, méthodiquement et laborieusement, une théorie de la syntaxe à partir de la clinique aphasique, une théorie de la langue à partir de la clinique des psychoses (la mieux à même d’aider à mettre à jour les processus qui rendent compte de l’altérité et de la convergence dans le domaine linguistique, comme dans celui de la technique ou des normes morales) ou une théorie du discours à partir de la clinique des névroses (dont les trop fameuses « phobies » qui trouvent là et là seulement leur registre d’explication).

PS. L’une de mes grands-mères avait connu l’époque où l’on risquait de se voir infliger le « symbole  » quand on était pris à parler breton à l’école. Il s’agissait d’une discrimination linguistique tout ce qu’il y a de plus délibéré : l’enseignement public comme privé se donnait pour tâche de franciser coûte que coûte, en décourageant l’usage de la langue bretonne. Il n’empêche que la dénonciation et l’indignation, tout comme le fait de parler désormais de « glottophobie » à propos de ce dont cette aïeule a été victime comme bien d’autres, ne me font pas avancer d’un iota, contrairement à la déconstruction clinique susmentionnée, dans l’analyse scientifique de « ce que parler veut dire ».

Publié dans Linguistique, Opinion, Sciences humaines, Sociologie | Marqué avec , | Commentaires fermés sur Glottophobie ?

pandoc: Error running filter pandoc-citeproc

I was trying to convert a paper with a bibliography from .tex to .odt (see here) using the following command:

pandoc --filter pandoc-citeproc -csl=harvard-kings-college-london.csl --bibliography="/path/toward/my/database/bib/my_bibliography.bib" --biblatex --latex-engine=xelatex article.tex -o article.odt

when pandoc sent me the following error message:

pandoc-citeproc: "stdin" (line 1602, column 2):
unexpected "B"
expecting "c", "C", "p", "P", "s" or "S"
CallStack (from HasCallStack):
error, called at src/Text/CSL/Input/Bibtex.hs:111:32 in pandoc-citeproc-0.10.2.2-3RrXjh6aiqI9DyqmDuv1Xw:Text.CSL.Input.Bibtex
pandoc: Error running filter pandoc-citeproc
Filter returned error status 1

The conversion was done, but without the bibliographic references.

A diagnosis for this type of problem found here (I don’t know what this site exactly is, but it put me on the right track) allowed me to identify the problem and fix it.

Line 1602 in the pandoc error message referred to the BibLaTeX database my_bibliography.bib. The entry that started on line 1602 of this file looked like this:

@Book{auteur17:_titre_livre,
author = {Nom, Prénom},
title = {Le titre du livre},
year = 2017,
publisher = {Le nom de l'éditeur},
location = {Ville d'Édition},^S
pagetotal = 160}

The ^S (which looks like a control character) at the end of the location line had nothing to do there. Its suppression put things back in order.

Publié dans Informatique, logiciels libres | Marqué avec , | Commentaires fermés sur pandoc: Error running filter pandoc-citeproc